Individualisme, démocratie, productivisme et impérialisme

Individualisme, démocratie, productivisme et impérialisme

le 13 juillet, 2015 dans Lecture de vacances par

Individualisme

Croire que l’on s’est débarrassé de l’individualisme bourgeois parce que l’on s’exprime à l’ombre protectrice des classes sociales et de leurs luttes, que l’on semble agir contre le profit, l’exploitation de l’homme par l’homme, les puissances d’argent, les pouvoirs établis, c’est faire preuve d’une parfaite ignorance de ce qui motive, dirige, oriente les actions humaines et avant tout de ce qui motive, dirige et oriente nos propres jugements, nos propres actions.

Cela ne veut pas dire qu’il ne faille pas s’exprimer ainsi et agir en ce sens, mais cela veut dire qu’il est utile de savoir que, derrière un discours prétendument altruiste et généreux, se cachent des motivations pulsionnelles, des désirs de dominance inassouvis, des apprentissages culturels, une soumission récompensée à leurs interdits ou une révolte inefficace contre l’aliénation de nos actes gratifiants à l’ordre social, une recherche de satisfactions narcissiques, etc.

De sorte que lorsqu’une communauté d’intérêts permet à un groupe humain de renverser un jour le pouvoir établi, on voit aussitôt naître au sein du nouveau pouvoir une lutte compétitive pour l’obtention de la dominance, un nouveau système hiérarchique apparaître et s’institutionnaliser. Le cycle recommence.

Démocratie

On devine ainsi la tromperie que peut constituer ce qu’il est convenu d’appeler la démocratie. L’opinion « politique » d’un individu n’exprimant le plus souvent que sa satisfaction ou son insatisfaction en fonction du niveau qu’il a atteint dans l’échelle hiérarchique, suivant l’image qu’il s’est faite de lui même, l’opinion d’une « majorité » n’est jamais le fait d’une connaissance étendue, à la fois globalisante et analytique des problèmes socioéconomiques, mais le résultat de l’intégration d’innombrables facteurs affectifs individuels et de groupe, qui trouve toujours un discours logique ensuite pour valider son existence.

Productivisme

La source économique de la satisfaction ou de l’insatisfaction se traite généralement en augmentant le pouvoir d’achat du plus grand nombre, ce qui permet l’obtention par celui-ci d’une quantité plus importante d’objets gratifiants. Pour cela il faut en produire plus, ce qui permet de lutter efficacement, parait-il, contre le chômage. Mais d’autre part, l’échelle hiérarchique de dominance étant conservée, et celle-ci s’appuyant en partie, en pays capitalistes, sur la quantité d’objets consommables attribués à l’individu en fonction du niveau qu’il a atteint sur cette échelle, les disparités économiques se perpétuent bien que le niveau de vie général se soit élevé. Les critères matériels du bien-être sont évidemment variables avec les époques et les régions et dépendent des besoins appris beaucoup plus que des besoins fondamentaux.

D’autre part, toujours en pays capitalistes, les disparités économiques étant un des éléments essentiels maintenant les différences entre individus, l’assouvissement des besoins fondamentaux n’est plus la finalité du travail humain, mais l’assouvissement des besoins acquis, cette finalité passe par le profit, qui permet de maintenir les différences tout en élevant le niveau général de vie.

Impérialisme

Il en résulte une publicité effrénée pour créer de nouveaux besoins permettant de nouveaux profits et le maintien de l’échelle hiérarchique de dominance économique. Or, ce monde de l’expansion économique utilise pour la production de ses marchandises de la matière (dite première), de l’énergie et une information technique (celle des brevets et celle de l’apprentissage humain). Les pays hautement industrialisés ne trouvent plus dans leur niche écologique la matière et l’énergie suffisantes à l’utilisation de leur information technique et à l’assouvissement de leurs besoins acquis, et pour poursuivre leur expansion, propriétaires de l’information technique, seule capable de transformer et d’utiliser matière et énergie, ils sont allés chercher celles-ci en dehors de leur niche écologique.

Ce fut la cause fondamentale de l’impérialisme et d’une nouvelle échelle de dominance internationale, les pays les plus riches en informations techniques détenant la puissance des armes, du capital international, et exploitant leur inflation et leur mode de vie, leur réussite matérielle incitant les autres peuples à imiter leurs structures sociale et économique, pour participer à leur dominance. »

                          Henri Laborit (Eloge de la fuite)

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10 Commentaries

  • Jym dit :

    le paragraphe sur la « democratie » fait reflechir . . . en fait le suffrage universel c’est juste dire oui ou non , mais on peux pas dire que ce soit tres participatif . . clair et net . . par rapport a la democratie athenienne , pour parler de celle là , on est plus proche de la dictature que d’autre chose. . .finalement il est bien choisi ce texte , ce mec ecrivait pas pour ne rien dire . . .je le connaissais que de nom , du coup j’ai appris quelque chose .

  • Cédric dit :

    Salut Jym! Je ne peux te laisser dire que le modèle athénien était une dictature. Je t’invite fortement à lire le texte d’hier et d’aujourd’hui pour ne plus dire de bêtise de la sorte

    • Soso dit :

      Faux très cher!!À partir du moment où celui qui a le plus d’argent peut influencer les votes, la démocratie n’existe pas.C’est un leurre. Déjà, au temps de la démocratie athénienne , un homme politique suffisamment riche pouvait verser une indemnité de présence à ses partisans pour influencer les discussions et les votes de l’assemblée.Le jeu démocratique était déjà faussé! Il est vrai que le concepte à la base est honorable,digne…Mais l’homme étant ce qu’il est…la démocratie ne peut pas fonctionner….I

      • Oui Soso, tu as raison. Ce commentaire (le mien) est absurde. Peut-être la fatigue ou une lecture trop rapide du commentaire de Jym.
        Et d’ailleurs, depuis presque une année, nous nous réclamons plus du modèle de Kronstadt que celui d’Athènes, pour, en partie, les raisons que tu évoques.
        Et même plus… Mais tout ça est une autre histoire que nous commencerons à présenter ces prochains jours…

  • Jym dit :

    non non j’ai du mal ecrire ma pensée . . par rapport a la democratie athenienne la notre est une dictature . . voilà qui est plus clair . et surtout mieux ecrit. .

  • Haroun dit :

    Bonjour,
    Je ne crois pas que Athène ait été un exemple de démocratie par le fait même qu’elle en soit possiblement la mère. Une démocratie où l’expression de son opinion n’est pas possible si l’on est exclut de l’unique caste bénéficiaire du droit de vote… est-elle une véritable démocratie ? Le vote censitaire n’a jamais été la preuve de la meilleure forme d’expression des opinions.
    En revanche le texte reflète bien le caractère illusoire de ce qu’on appelle démocratie mais qui n’en est qu’une image passée aux filtres de nos propres attentes affectives.
    Bonne journée.

  • Villon dit :

    Dans la démocratie gît le Peuple, cet artiste inconnu !

  • Rien Agratter dit :

    Tout systeme qui reinforce le pouvoir d’une oligarchie quelqu’elle soit, est un système corrompu. Les démocraties occidentales ne valent pas mieux que les dictatures du tiers monde. Tant que de la violence est générée par ces sociétés, leur système est corrompue… La  » démocratie » idéale est quand un système reflète la pensée politique de chaque individu.

  • Jean marie dit :

    Texte remarquable de laborit! Son analyse est d’une grande clairvoyance! Un homme de grande valeur ! Merci

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