Immigration de masse

Immigration de masse

le 28 septembre, 2015 dans Provoquer le débat par

Le sujet de l’immigration est un domaine délicat à traiter. En effet, ceux qui seraient tentés d’en discuter sereinement incarneraient vite, aux yeux des censeurs de la pensée, l’extrémisme et autres termes en « isme » peu ragoutants. Ils seraient rapidement diabolisés sur cette terre qui a vu en partie naître les Droits de l’homme, enfin, les droits de l’individu. Tout cela ne doit en aucune mesure empêcher le débat. Au contraire ! Car où il y a censure, où il y a tabou, il y a un hic ! Un hic qui révèle souvent une manipulation.

Le mouvement de la pensée est arrêté par des barrières qui apparaissent comme les limites de la Raison elle-même. » – Herbert Marcuse

Cadrons le sujet. Nous ne parlerons pas ici du nécessaire et vertueux accueil sur les terres de France d’innocentes personnes étrangères mises en danger de mort par leurs gouvernements respectifs (Snowden, Assange ?), de l’enrichissante rencontre amoureuse d’une personne étrangère et d’une personne de nationalité française, ou encore de l’immigration amenant sur notre territoire un savoir-faire nouveau, une activité nouvelle utile à la société des Hommes, etc… Non, nous traiterons de l’immigration de masse organisée par et pour le monde du grand patronat pour orienter à la baisse les salaires par l’effet d’une multiplication de main d’œuvre.

En 1981, Georges Marchais, le secrétaire général du Parti communiste français, un parti qu’on ne peut taxer de xénophobe, alertait déjà l’opinion publique et la classe ouvrière sur cette véritable armée de réserve du Capital :

« Il faut stopper l’immigration officielle et clandestine, avait-il dit. Il est inadmissible de laisser entrer de nouveaux travailleurs immigrés en France alors que notre pays compte près de deux millions de chômeurs français et immigrés ».

Deux millions de chômeurs, un chiffre qui ferait presque rêver aujourd’hui, alors que nous voguons de records en records. A cette gauche moderne dégoulinante de bien-pensance que la France subit aujourd’hui, rappelons aussi et surtout les mots du grand socialiste (oui, il y en eut !) Jean Jaurès, prononcés le 17 février 1894 lors de son fameux discours « Pour un socialisme douanier » :

« Ce que nous ne voulons pas, c’est que le capital international aille chercher la main-d’œuvre sur les marchés où elle est la plus avilie, humiliée, dépréciée, pour la jeter sans contrôle et sans réglementation sur le marché français, et pour amener partout dans le monde les salaires au niveau des pays où ils sont le plus bas. C’est en ce sens, et en ce sens seulement, que nous voulons protéger la main-d’œuvre française contre la main-d’œuvre étrangère, non pas je le répète, par un exclusivisme chauvin mais pour substituer l’international du bien-être à l’internationale de la misère. »

Cette importante population de travailleurs immigrés est donc régulièrement chaleureusement accueillie par nos multinationales en tant que main d’œuvre bon marché et, en outre, en tant que main d’œuvre historiquement peu pourvue d’une culture des luttes revendicatives qui sied aux ouvriers français en particulier et européens en général. Et dix de der !

La dénonciation de cette immigration de masse organisée se superpose à la dénonciation de l’utilisation politique qu’en font les deux extrêmes, droite et gauche confondues, chacun suivant ses sensibilités. Des extrêmes qui jouent eux aussi les utiles idiots de ce que l’on nomme pompeusement le grand Capital. L’extrême droite pourfend la couleur de ces travailleurs immigrés sans même remettre en cause l’aberration du système néolibéral où l’homme, quelle que soit sa couleur de peau, est une marchandise comme une autre. L’extrême gauche, elle, pousse à l’immigration massive au nom d’un universalisme teinté d’humanisme, et certes d’un peu de clientélisme. Elle joue elle aussi, malgré elle, enfin on l’espère, le jeu du capitalisme en lui offrant sur un plateau une main d’œuvre sans frontière, malléable et bon marché.

Bref, les aberrants et déplorables propagandistes de la gestion salariale de l’humanité captive, de l’extrême droite à l’extrême gauche du marché, forment une émouvante et navrante sainte-Alliance de la misère monnayable qui cherche à faire oublier que l’immigration a dès le départ été un phénomène purement et essentiellement capitaliste. » – L’être contre l’avoir, Francis Cousin (2012)

Aparté, voir dans cette immigration massive une immigration « organisée » pour des intérêts économiques, n’est pas le constat de cerveaux retords puisque certains décisionnaires l’ont avoué sans détour.

Il faut toujours se souvenir de l’éloquent aveu du président Pompidou déclarant peu avant sa mort qu’il avait ouvert les déversoirs de l’immigration en France à la demande expresse de la classe capitaliste, désireuse après l’épouvante suscitée par la grève généralisée de 1968, de pouvoir bénéficier d’une nombreuse main d’œuvre, domptée et de cherté réduite. » – L’être contre l’avoir, Francis Cousin (2012)

Il est une immigration plus « élitiste », une immigration dite « choisie » qui elle aussi est à dénoncer : l’immigration neuronale, ou la fuite des cerveaux. Une immigration qui, pour sa part, nuit terriblement au pays d’origine dans des domaines clés que sont l’informatique, les mathématiques ou le monde médical. C’est un arrêt brutal dans la possibilité de développement du pays d’origine. Un arrêt doublé d’une perte économique sèche patente ; l’argent public ayant souvent participé à former ces futurs migrants. Alors que de l’autre côté de la frontière, le pays d’accueil se gargarise de recueillir gratuitement des cerveaux déjà formés, aux prétentions salariales plus que raisonnables. Cela mène parfois à des aberrations sans nom comme lors de l’épisode Ebola de 2014 :

En 2008, le président sénégalais Abdoulaye Wade s’insurgea contre l’idée d' »immigration choisie », qu’il qualifia de « pillage des élites des pays en voie de développement« , ajoutant « ce n’est pas honnête de vouloir prendre nos meilleurs fils ». Le président Wade faisait ainsi fort justement allusion à un véritable scandale, une honte même, dont l’exemple le plus inacceptable est celui des médecins ; en 2008, le Center for Global Development chiffrait ainsi à 135 000 les personnels médicaux africains exerçant hors d’Afrique. L’illustration de ce scandale a été donnée le 26 novembre 2014, quand, compte tenu de l’absence de médecins africains sur place, pour tenter d’enrayer la propagation du virus Ebola, la Commission européenne proposa de mobiliser 5000 médecins européens. Le commissaire à l’Aide humanitaire, M. Andriukaitis déclara ainsi qu’il avait « appelé les ministres des quatorze Etats membres pour les exhorter à envoyer plus de personnel médical dans les pays frappés par Ebola. » – Osons dire la vérité à l’Afrique, Bernard Lugan (2015)

En dernière instance, qu’il soit surdiplômé ou non, l’être humain n’est qu’un homme-marchandise utilisable à souhait en fonction des besoins d’un Capital, lui pour le coup apatride et heureux de l’être.

« J’attends encore de rencontrer celle ou celui qui saura m’expliquer en quoi le fait d’ajouter, à la mobilité des biens, des services et des capitaux sur un marché mondial, souhaitée par les tenants du libre-échange, la mobilité des hommes, identifiés à des facteurs économiques comme d’autres, témoigne d’un grand respect pour la personne humaine. J’attends. » - Hervé Juvin, Le mur de l’Ouest n’est pas tombé (2015)

Et, répétons-le une fois pour toute aux droitsdel’hommistes et autres sanspapiéristes larmoyants : vous participez à cet esclavagisme moderne, au lieu de faire en sorte que chacun des pays soit souverain - protégé des pluies de bombes Otaniennes -, que chacun des pays puisse conserver son identité propre et ses traditions (telle est la réelle diversité et pas celle que vous feignez de défendre), que chacun des pays ne soit pas asservi par une dette souvent inique et usuraire contractée par des dirigeants aussi complices que dispendieux, que chacun des pays garde ses cerveaux pour se développer, au rythme qu’il a choisi, dans des domaines fidèles à son identité. En dernière instance, que chacun des pays ne soit pas obligé de suivre une politique mondiale néolibérale à la concurrence faussée et aux multiples dommages collatéraux qui détruisent son économie traditionnelle – une économie conviviale de subsistance ou le mot « pauvreté » ne rimait pas avec celui de « misère » -, et qui pousse sa population sur les routes pour se vendre au plus offrant.

Les assauts systématiques de l’économie productiviste, en particulier ceux du marché dit libre, contre les modes de vie conviviale ont modifié en profondeur les sociétés humaines. En dépossédant les pauvres de leurs moyens de défense contre la nécessité, l’économie dominante les a aliénés à un système productif échappant totalement à leur contrôle. En produisant systématiquement des besoins nouveaux, elle a détruit l’équilibre organique des sociétés conviviales entre, d’une part, les notions de nécessaire et de surplus et, de l’autre les besoins individuels et les capacités du corps social à les satisfaire. Ainsi, toutes les formes de pauvreté conviviale ont été progressivement chassées pour laisser la place à une misère rampante. » – Majid Rahnema, Quand la misère chasse la pauvreté (2002)

Occupez-vous en priorité des causes de cette envie migratoire et non pas des conséquences ! Les causes avant les effets !

Quand on a construit un virage dangereux, on n’ouvre pas un hôpital à la sortie, on le refait !

Même habillés de bons sentiments, arrêtez donc de jouer les recruteurs zélés de ce monde marchand… Parce qu’on ne quitte pas son pays impunément. Parce qu’on ne se sépare pas de ses racines impunément.

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