Hugo Chavez ou la révolution démocratique

Hugo Chavez ou la révolution démocratique

le 05 mars, 2016 dans Démocratie, Inter-national par

C’est bien au Venezuela, riche pays en pétrole – mais longtemps exploité par les apparentes démocraties du Nord -, qu’il y eût jusqu’au 5 mars 2013, un dirigeant véritablement soucieux de sa nation. D’ailleurs, si Hugo Chavez – car c’est évidemment de lui dont il s’agit – fut autant diabolisé par notre Occident perverti, c’est qu’il demeurait l’un des rares gouvernants à organiser une politique en faveur de son peuple. Politique diminuant considérablement la pauvreté et résistant radicalement aux multinationales, particulièrement celles de l’impérialisme américain.

Les symptômes de ce protectionnisme créole ?
L’efficience d’une démocratie participative, d’abord par le contrôle du peuple sur ses élus grâce notamment au référendum révocatoire ; ensuite par une organisation politique qui s’institue de la base via les comités urbains : les consejos communales, de compesinos et de trabajadores  se sont progressivement substitués à une bureaucratie pétrifiante pour s’approprier directement les moyens financiers qui leurs étaient destinés…

Certes, la classe moyenne et les riches, forcément minoritaires, ne furent pas très satisfaits de cette politique générée grâce aux ressources pétrolières. Ces dernières n’appartinrent en effet plus, ni à un seul, ni à un groupe majoritaire, mais à tous (parce que la richesse d’un pays, – comme le définit la loi économique de toute démocratie digne de ce nom -,  doit servir tous ceux qui y vivent, sans exception).
Aussi, comme le raconte si clairement Vanessa Stojilkovic dans son Bruxelles-Caracas, la classe des privilégiés, constituant l’opposition, reprocha à Chavez de concentrer tous les pouvoirs tel un dictateur. Cette classe de nantis, encouragée par la CIA, organisa alors en 2002 un coup d’Etat militaire avec la complicité des chaînes privées de télévision. Chavez fut enfermé ; la constitution suspendu ; le parlement, le gouvernement et  les autres élus dissous ; les médias publics interdits. Pedro Carmona, alors président de la Chambre des Commerces – autrement dit le patron des patrons -, s’autoproclama Président du pays et s’en attribua les pleins pouvoirs. Inutile de préciser que l’imposteur fut immédiatement reconnu et qualifié de grande démocrate par Washington !

Le peuple descendit dans la rue ; et Chavez revint tel l’enfant prodigue…

Hugo Chavez a donc généré cette  façon subversive, voire insolente, de régir par son droit et ses attributions une économie qui se voulait alors autrement libérale, – voire impératrice. Comme Thomas Sankara quinze ans auparavant au Burkina Faso, le président vénézuélien se libéra progressivement de la dépendance envers les multinationales américaines.

Généalogie d’une révolution

Première étape : récupérer l’argent du pétrole s’esquivant aux Etats-Unis par l’intermédiaire de la PDVSA (Petroleos De Venezuela S.A.), compagnie pétrolière apparemment vénézuélienne. Un des plus gros exportateurs au monde.
Jusqu’à l’arrivée de Chavez c’était même principalement une filiale américaine, basée à Houston au Texas, qui gérait la production, la répartition et les bénéfices du pétrole extirpé du sol vénézuélien. Ce pillage en règle expliquait la pauvreté des gens sur ces terres pourtant si riches.

Mais, dès son  élection, le 6 décembre 1998, Chavez renversa le processus de privatisation de la compagnie. En 1999, l’article 12 de la nouvelle constitution – discutée par le peuple avant  son adoption par référendum – proclama la souveraineté nationale sur le pétrole :

Les gisements miniers et d’hydrocarbures sont des biens du domaine public et sont en conséquence inaliénables et imprescriptibles. »

En 2002 c’était déjà 26 milliards de dollars en redevances et taxes de récupérés qui allaient pouvoir être investis pour les réformes nécessaires à un meilleur développement de l’ensemble du pays. On comprend mieux la colère des américains et leur concours au coup d’Etat d’avril 2002, évoqué ci-dessus ; puis, en décembre de la même année, leur sabotage de l’industrie pétrolière, considérablement informatisé par des cadres de l’ère multinationale. Enfin, le 6 mars 2003 Chavez et les vénézuéliens parviennent à reprendre intégralement le contrôle de PDVSA. Cette date est d’autant plus forte qu’elle symbolise la fin de l’hégémonie des Etats-Unis sur l’Amérique Latine.

Troublant de constater, par ailleurs, que le 20 mars 2003 débuta l’entrée en guerre de l’armée de Bush contre l’Irak  : opération « Iraqi freedom » ! Là encore, certaines mauvaises langues parleront de pétrole là où il n’y eut qu’une lutte pour la liberté et la démocratie. Non ?
Mais fermons la parenthèse, et revenons sur la nationalisation de PDVSA avec ce propos si juste de Michel Collon dans son colossal ouvrage Les Sept Péchés D’Hugo Chavez :

Se réapproprier les richesses naturelles pour qu’elles servent enfin à développer une vraie économie, telle est la tâche qui se pose à tous les pays du tiers monde pour se libérer du néocolonialisme. Les profits, les redevances, les impôts, tout cela peut être converti en programmes sociaux et économiques d’émancipation. »

Dès 2004, la compagnie pétrolière, alors plus indépendante et économe, versa 11,4 milliards au budget national pour financer éducation, terres, clinique, terrain de jeux et développer la production d’aliments et produits agro-industriels.

Les bienfaits du chavisme

Hugo Chavez instaura ainsi une réforme agraire : les sols furent rentabilisés pour que les vénézuéliens ne consomment plus, par exemple, le cacao ou le tabac importé. Des centaines de milliers de familles furent aussi installées sur les terres, anciennement latifundias monopolisés alors par de riches propriétaires acoquinés avec banques et industries étrangères. Avant cela, 40% de la population s’étaient égarées dans le secteur informel du petit commerce, ce qui avait ruiné le pays. Michel Collon raconte qu’on ne pouvait faire un pas « sans buter sur l’échoppe d’un buhunero, petit vendeur sans licence » de boissons, cigarettes, gadgets, vêtements, téléphones…
Ainsi Chavez relança la culture du travail productif.

Un Etat à la fois fort et populaire favorisant dès lors une économie mixte avec secteur privé, public et coopératif (plus de 70.000 coopératives en 2012) ; récupérant les entreprises abandonnées par les patrons, mais maintenues par les ouvriers ; redistribuant les revenus ; garantissant des crédits importants sans taxes ; et indemnisant les multinationales pour mieux nationaliser l’acier, le ciment, la téléphonie ou internet.

La banque centrale vénézuélienne, contrôlée par les élus et non les banques privées, fut aussi subordonnée aux intérêts du peuple. Ses réserves – comme elles devraient l’être dans toutes les banques centrales de la planète – constituèrent alors une partie du Trésor Public. Les taux pour la monnaie restèrent de la sorte fixes et stables.

En bref, un ministère de l’économie populaire, un développement endogène, des flux financiers contrôlés… Nous sommes loin des « privatisations massives » d’un certain ancien Ministre français (et socialiste ! ) de l’Economie, des Finances et de l’Industrie.
De toute façon, privatiser c’est exclure. C’est instaurer le monopole du privé contre les consommateurs. En outre, les bénéfices issus d’une privatisation prennent généralement le chemin de ceux qui en ont le moins besoin. Quand un ministre privatise, c’est la preuve que c’est la finance qui gouverne.

Le Venezuela aurait pu s’aligner comme d’autres nations puissantes et prétendues démocratiques, en investissant ses dollars dans la guerre ou la quête de pétrole. La priorité sembla ailleurs : en effet l’investissement prioritaire demeurait l’amélioration du sort de toute la population. Rappelons-nous des paroles de Chavez du 24 Août 2011 :

Le Venezuela a investi 400 milliards de dollars dans le social depuis 10 ans. Il est le pays le moins inégalitaire de toute l’Amérique. Il a réussit en une décennie à réduire de plus de moitié la pauvreté structurelle héritée de 100 ans. »

Nos médias se sont-ils rendus au cœur du Venezuela, loin des réceptions de la bourgeoisie compradore des beaux quartiers de Caracas – une bourgeoisie certes accueillante mais en rien représentative de l’épanouissement général ?
Comment n’ont-ils pas pu alors constater les produits locaux vendus partout bon marché, les soins, les transports en commun, internet et le téléphone portable à des sommes modiques et donc accessibles à tous ? Et que dire de ces cantines publiques ou comedores pour les plus de 60 ans, ou encore ces écoles de musique gratuites pour tous !
Pour finir, un petit pourcentage qui ne devrait pas déplaire à Emmanuel Todd, le Venezuela était, en 2012, le pays qui étudiait le plus au monde : grâce aux bourses généreuses, 36% de la population s’instruisait… contre alors 25% en France (soit 15 millions de personnes).

Drôles de révolutions !
Quoique…quand on sait que toute cette politique a contribué à diminuer la dette au point d’acquérir démocratiquement cette indépendance et cette liberté. Liberté que nous revendiquons d’ailleurs tous, mais que nous oublions dès que l’argent et son confort potentiel nous enivre.
Les rares exemples, où la politique échappe à la dictature économique et financière, témoignent toujours de leur légitimité démocratique.

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9 Commentaries

  • queteur dit :

    Très bel exemple d’une personne qui a su s’allier tout le peuple.

    J’ai toujours été curieux (je le suis encore soit dit en passant) de savoir quelle est cette « formule » qui a permis à des hommes comme Chavez et un peuple comme les Vénézuéliens d’arriver à concrétiser cette démocratie qui nous fait tous rêver …

    Quels sont les évènements qui ont permis au peuple Vénézuéliens d’avoir cette prise de conscience et d’avoir su affirmer sa volonté, cette volonté partagé par TOUS et qui a aboutit aux réalisations citées dans cet article …?

    Comment le peuple Vénézuéliens a pu faire ressortir de ses rangs une personne telle que Chavez ?

  • betov dit :

    Belle démonstration du fait qu’on ne peut pas tout faire d’un coup.

    Mais non, le chavisme n’est pas une démocratie. C’est un régime comportant de forts processus démocratiques, mais pas une démocratie. Si c’était une démocratie, il n’existerait plus personne en mesure de s’y attaquer. Je pense aux possédants, aux médias privés, aux partis politiques, etc… toujours en liberté de nuire à la collectivité.

    Dans une démocratie, il ne peut pas exister de possédants, encore moins de partis politiques.

    Mais souhaitons à ce régime une évolution heureuse. D’ici, c’est facile… :)

  • docdjamel dit :

    Merci beaucoup pour cet article. Paix à ton âme Hugo, en espérant que ses successeurs auront la même soif de justice populaire…

  • Ezzie dit :

    Je pense souvent à Hugo Chavez
    Et chaque fois mon cœur se serre de tristesse et d’espoir
    Cet homme s’est sacrifié pour son pays et je me souviens d’une de ses conférences ou il disait qu’une fois sa tâche accomplie il irait se promener avec ses petits enfants sur une plage du Venezuela
    Je le voit dans mes rêves être heureux au milieu des siens
    J’espère que ceux qui l’ont tué seront punis par dieu
    J’espère qu’il reviendra sur terre incarner un citoyen vénézuélien et qu’il pourra profiter de sa vie de famille
    Merci a cet immense homme
    Il nous a montre le chemin et c’est un devoir du peuple mondial de lutter contre ce qu’il nous a révélé
    L’empire occidental arrogant et sur de lui même imposant sa loi au monde entier

  • guanta dit :

    Non mais c’est su delire là. On sent le journaliste qui recompile les articles de propagande mais n’a jamais mis un pied au Venezuela. Moi j’y vis et la quasi totalité de ce que vous dites est faux, le reste exagéré. Chávez était un fumiste, il a échoué à tous les niveaux, les résultats sont bidonnés. Pour comprendre l’engouement pour lui faut vivre ici. Et surtout, voir ce qu’il a en face: une opposition nullissime qui est encore pire que lui. Je précise que hier nous fetions le 2e anniversaire de sa mort et croyez-moi y’a pas eu trop de fête. Les gens se rendent compte, le conte de fée est fini, retour à la réalité. Et la réalité c’est les conséquences d’une politique populiste inefficace et amateure à tous les niveau.

    Napplaudissez pas les gens sans savoir. Je ne peux pas vous accuser d’être malhonnêtes, car je suis convaincu que l’article est empreint de noblesse. Mais pas d’honnêteté puisque l’auteur n’a visiblement jamais visité le pays.

    Cordialement

    • Bien vu Guanta, je n’ai jamais mis les pieds au Venezuela, et je ne suis pas très fier de cet article. Mais pas pour les mêmes raisons que toi. C’est la rédaction que je trouve ici limite. C’est en effet la fusion de plusieurs articles que j’avais rédigés il y a plusieurs années, d’où le coté « compil ».
      En revanche je côtoie des gens de là-bas m’ayant à l’époque offert de précieux témoignages. Ils ont par la suite validé mon travail et l’ont même encouragé.

      Maintenant ton esprit petit bourgeois, formaté par le capitalisme de la séduction occidental, peut renier tous les apports d’un Chavez et préférer les délices de l’empire, mais alors pourquoi rester au Venezuela ? Sans doute as-tu des choses à proposer pour améliorer le sort de ton pays, hein Guanta ? Et si l’opposition est si nulle, t’as qu’à monter ton propre parti ! Allez courage…

  • guanta dit :

    Je prendrai le temps de vous répondre puisqu’il me semble que cela est important.

    Etrangement je m’attendais à un autre type de réponse. L’argument de l’esprit petit bourgeois est tellement éculé qu’il me fait tout bonnement sourire. Même si vous n’avez jamais mis un pied au Venezuela, il est pourtant facile d’imaginer que quelqu’un qui a quitté la France pour vivre dans un pays du 1/3 monde n’est pas vraiment un esprit formaté.

    En revanche, que penser de quelqu’un qui arrive à s’emballer pour une légende basée sur des faits imaginaires ou exagérés?

    Pourquoi ai-je choisi le Venezuela? La réponse est compliquée mais je vais m’y essayer: les vénézuéliens ont le secret du bonheur. Rien de politique là dedans, juste une incroyable spontanéité et une simplicité à toute épreuve. Je suis venu ici car j’admire cela en eux et j’espérais m’en contaminer et c’est chose faite.

    Je pourrais passer des heures à vous démontrer que vous vous trompez, mais comme on dit ici: il n’y a pas plus sourd que quelqu’un qui ne veut pas entendre.

    Si un jour vous pouviez visitez mon (nouveau) pays, ne soyez pas sévère. Prenez le temps d’écouter les gens ici (parlez-vous espagnol?) et ouvrez votre esprit. Le Venezuela, on n’en revient jamais vraiment comme on y est parti. On en revient meilleur… Et parfois on ne revient même pas car bon préfère y rester :)

    • Beaucoup de contradictions dans vos commentaires, Guanta. D’un coté le Venezuela de Chavez est désastreux et de l’autre s’y niche « le secret du bonheur ». Il semblerait, de plus, que les gros mots « simplicité » et « spontanéité » distinguent, pour vous, les vertus d’un peuple… Ok, c’est donc ça qui aurait sauvé les vénézuéliens des griffes du capitalisme impérial ? Ben merde alors ! Faut vraiment que je me rende là-bas histoire de partager ces velléités populaires, qui nous font ici cruellement défaut… mais avant, quand même, j’irai voir mes amis vénézuéliens pour leur dire qu’ils sont des gros menteurs et qu’ils n’ont rien compris à l’évolution sociale et politique de leurs pays, et surtout que Chavez fut un putain d’imposteur !

  • guanta dit :

    Aucune contradiction dans ce que je dis. Au contraire, je dis clairement que ce bonheur que je goute ici n’est nullement dû à la politique.

    Toutefois, les contradictions dans nos échange sont légions.

    – Le Venezuela ne s’est absolument pas libéré du capitalisme. La crise actuelle, ses pénuries et l’effondrement de l’économie en sont la preuve.
    – Vous conditionnez le bonheur d’un peuple à la réussite de son modèle économique. Étrange pour quelqu’un qui se réclame de gauche revolutionnaire.
    – Vous dites avoir des « amis » vénézuéliens, mais vous ne les avez jamais rencontrés? Ne seriez-vous pas l’objet d’une vile propagande plutôt?
    – Admettons que vous les ayez rencontrés : comment voyagent-ils en Europe si un billet d’avion coûte aujourd’hui entre 12 et 20 fois le SMIC local? Ou bien, comment et pourquoi vivent-ils à l’étranger si c’est le cas?

    Je vais finir mon message par deux bonnes notes:

    – d’abord je confesse que Chávez n’a pas été toootalement nephaste. Son apport dans le domaine de la souveraineté vis-à-vis des USA a été un énorme plus. Il a aussi réussi à faire prendre conscience aux gens du bas de l’échelle sociale qu’ils ne valent pas moins que les autres. Sur le discours et en tant que leader social, il était fort et enthousiasmant. Mais c’est le seul point positif après 15 ans de presidence dont 12 ans de pleins pouvoirs avec des revenus records dus au pétrole. C’est mince car l’analphabétisme est toujours aussi présent, les hôpitaux paralysés et dans un état de délabrement effrayant, la délinquance est inouïe (une ses 3 pires au monde y’a plus de morts ici qu’en Irak ou Afghanistan..), la corruption partout et inévitable, aucune séparation des pouvoirs etc.
    – l’autre point positif c’est vous. Comme je le disais, vous semblez honnête dans votre fanatisme. Je ne parviendrai pas à changer vos dogmes via quelques message sur votre article, toutefois vous continuez à publier mes messages alors qu’il vous serait plus pratique de ne pas les publier. C’est ce que ferait tout bon chaviste ici en toit cas. Vous préférez débattre et c’est tout à votre honneur et c’est pour cela que je réponds avec plaisir. Et je vous avoue que si notre petit débat pouvait vous convaincre de visiter le Venezuela un jour, alors ma « mission » serait accomplie :)

    Mais une fois de retour, j’attends un article rectifiant celui que vous venez d’écrire ;)

    Cordialement

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