Homo-consommatus

Homo-consommatus

le 15 juin, 2015 dans Asservissement moderne par

Le projet est désormais accompli. Nous assistons à la naissance d’une espèce nouvelle, l’avènement de l’homme post-contemporain, j’ai nommé l’homo-consommatus.

Les transports en commun vous rappellent nécessairement la marche du monde et de ses effets sur vos pairs. Un voyage en train, dans le bus ou en RER nous a rendu à peine supportable la présence de nos semblables, on piétine, d’autres râlent, on se bouscule, quand on ne regarde pas ses pompes…

C’est la société marchande qui conditionne tout d’abord cette animosité quotidienne, celle-là même qui définit nos existences d’esclave nouvelle génération. L’hégémonie du salariat dans des mégalopoles et la division scientifique du travail dépouille l’individu de son temps et du fruit de son labeur, mais aussi tue dans l’œuf tout tissu social par le fatal maintien des hiérarchies de dominance. Ajoutons qu’il paie des titres de transport de plus en plus onéreux pour suivre cette délocalisation forcée.

Nous voilà faits comme de vulgaires rats de laboratoire.

Difficile désormais de s’unir contre la dictature des marchés. Les laps de temps passés du bercail au bureau pourraient pourtant être l’occasion d’échanger sur la cause de nos grises mines et de nos visages fantomatiques. Nous vivons à l’ère du totalitarisme marchand, celui qui sous couverture a colonisé chaque parcelle de nos existences pour nous transformer en entités contrôlables via la société de consommation.

Avec le fordisme les productions augmentèrent de façon exponentielle. Il fallu alors fabriquer la demandeAinsi, le liberal-fascisme a investi chaque parcelle de nos existences prétextant le progrès. Tous les sens doivent être occupés, les yeux rivés sur son smartphone, un paquet de chips cancérigènes dans une main, les écouteurs vissés sur les oreilles. Isolé par l’illusion de l’abondance l’homo-consommatus en oublie bientôt qu’il est seul. Sa solitude est désormais masquée, saturée par les fuites en avant technologiques ; méthode de surcroît entretenue par l’illusion des réseaux sociaux. Science sans conscience n’est que ruine de l’âme disait l’autre…

L’homo-consommatus ne mange plus, il ingurgite. Sur le pouce, parce que le temps c’est de l’argent. Prêt en une minute chrono, avalée en autant de temps, la bouffe est aujourd’hui essentiellement faite de conglomérats en tout genre, chimiquement trafiqués pour nous donner l’illusion du vrai…

Le temps libre est désormais tout entier voué aux loisirs. La propagande publicitaire et la télévision en sont les vecteurs, les foules rêvent alors un moment leur vie sur papier glacé, ravalent leur amertume et travaillent de plus belle. En attendant, ils se tiennent tranquilles.

Il faut donc gagner de l’argent et se vendre, autrement dit perdre sa vie en la gagnant.

Bienvenue alors dans l’ère de la norme esclave, celle de l’uniformisation totale, du formatage des désirs, de l’unisexe, de la transformation d’êtres conscientisés en êtres pulsionnels… Difficile d’échapper au siphon du Dieu contemporain, de l’objet roi, celui chatoyant qui nous crie « possède moi ! » et tu seras. La publicité et le marketing en sont les armes, savamment orchestrés par des experts qui sondent impunément l’inconscient collectif pour mieux vous réduire en automate, où tous vos faits et gestes auront été pensés, étudiés, quantifiés… pour toujours optimiser cette sacro-sainte consommation.

[Texte extrait du livre Démocratie radicale contre diktacratie]

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16 Commentaries

  • fastoch dit :

    Absolument d’accord avec cet article !!! Mais pourquoi la majorité des esclaves refusent-ils d’ouvrir les yeux et continuent-ils de faire perdurer ce système ???

  • L’humain a peur d’avoir peur. Il est conditionné au mimétisme, préfère le confort au danger. Se remettre en question, changer un mode de fonctionnement ou de vie, c’est un risque. Faire l’autruche, s’abrutir devant le divertissement (euro2012?), ne pas se poser de question et déléguer son pouvoir citoyen est bien plus confortable. Je ne fais rien et laisse la responsabilité au voisin.

    Pourquoi faire perdurer ce système ? Car l’humain ne voit pas plus loin que le bout de son pif. Il n’a de conscience que pour son intérêt personnel et n’a pas à l’esprit un début de conscience collective. Tout pour lui, qu’importe les autres. Il s’adaptera au système aussi pourri soit-il. Il pollue, écrase, défiche, brûle, irradie; qu’importe tant qu’il survie. L’essence pollue, provoque des guerres, des drames, grève le porte monnaie du consommateur, balafre la planète, l’humain râle, s’insurge : change-t-il son comportement pour autant ? NON, il continue de faire son plein. Le confort c’est aussi rester dans la routine.

    Seul il n’est qu’asservi, abrutit, lobotomisé. C’est ensemble, en groupe averti et sensibilisé, que tout peut changer.

    • Baumgarten dit :

      Fukuyama l’avait ainsi analysé. Cette recherche permanente du confort, par peur, fait de nous des moutons…. et fait le lit du seul mode de gouvernement actuellement acceptable parmi ceux qui existent réellement: la démocratie libérale.

  • Pierre dit :

    Salut,

    Je trouve ton article prétentieux, réducteur, simplificateur. Tu énonces des banalités sans aucune subtilité à coup de gras, de rouge et d’italique comme si c’était du neuf. Peut-être que tu le découvre en écrivant?

    C’est assez comique ce genre de post « révolutionnaire », inspiré par des émotions et des volontés ô combien banales.

    Un peu d’humilité s’il te plait, je pense sincèrement qu’il faut que quelqu’un te dise que ta vision est vraiment trop simpliste et même je dirai aseptisée.

    Si tu veux décrire notre société et ses maux, il te faudra plus que quelques lignes dans un blog. Je ne dis pas que la critique est mauvaise, ce sont les sentiments qui transparaissent que je trouve dégoutant.

    @+

    • pascal dit :

      Pierre , le monde est parfait…tu es libre tant mieux pour toi. Tu trouves l’article prétentieux, réducteur, simplificateur mais pour démontrer que nous sommes des moutons ou plutôt que nous sommes manipulés des mots simples sont suffisants. Marre des soit disant bien penseurs (pensée unique naturellement) , marre des intello-bobo dans leur bulle.
      Le bon sens n’existe plus et pourtant …nombre de politique devraient en avoir mais le bon sens et l’amour de l’argent et du pouvoir n’est pas compatible.

  • kelly dit :

    Salut,

    Je trouve ta critique prétentieuse, simplette et ô combien creuse ! Mais peut-être voulais-tu nous livrer un petit poème en 4 paragraphes pour jouer au plus malin ! On peut jouer si tu veux, mais c’est moi qui lance la balle, puisque tu brasses du vent !

    Je t’écoute à présent, étaye ta critique, présente ta vision du monde, de la société et de ses maux, ou du moins , essaie d’être à propos.

    Le but des textes ici est bien de donner des pistes de réflexion et de débat, ou encore de s’exprimer sur un ton choisi quand à la société. Diktacratie est un porte-voix citoyen, mais tu n’affectionnes peut-être pas l’égalité des voix avec ton commentaire hautain.

    Tu es par ailleurs, bien naïf pour croire que j’ai voulu résumé la société en quelques lignes !

    Peut-être as tu mal lu / compris mon texte, qui ne visait pas à en mettre plein la gueule à certains super-consommateur en les faisant passer pour des unter-mensch, puisque nous sommes pour le moment tous dans le même bateau, comme en atteste la définition de « totalitarisme ».

    La réalité est dégoûtante, je te l’accorde, mais peut-être n’est-ce pas assez évident, puisque nous consentons de plus belle. Trop encore sont aveugles, nous sommes toujours dans la caverne.

    Tu prétextes la banalité de mes propos pour t’encenser. Critique de confort puisqu’elle induit, qu’il n’y a rien à faire, que tout le monde sait ça, etc… c’est une façon d’accepter la laideur de notre société insidieusement dictatoriale.

    J’oubliais: pour le rouge, l’italique et le gras, quelque chose a dû t’échapper ! n’as-tu pas vu que ce procédé permettait de rendre visible un lien vers un autre texte, ou bien de pouvoir retrouver l’article plus rapidement avec le système des mots clef ?

    Allez, écris-nous quelque chose toi aussi, puisque tu sembles conscient, mais passif.

  • matador dit :

    bjr
    assez d »accord sur le fond même si je trouve que l’article manque un peu de nuances….en tout cas, la situation « sociétale » correspond parfaitement à la thése de Lorenz sur la « degenerescence génétique » , ludisme, hypersexualisation, obesité, consequence de son auto_domestication.
    Les théses de guy Debord sont aussi de bones explications.

  • Boris Lesoir dit :

    Bonsoir; à 100% d’accord avec cet article.les critiques sont aisées,tout comme il est plus facile de faire le mal que le bien. Aux détracteurs de tout bords,à quoi bon répondre ? Lobotomisés vous êtes responsables ,ou plutôt irresponsables de vos actes participatifs à la propension de la connerie ,et des « Pierres »,il y en a trop!Il est évident que nous sommes des esclaves,et que seuls sont qui peuvent admettre cet état de fait,cette démocratie qui n’en est pas une, serons clairvoyants! Petite parenté, nous sommes tous en esclavage,et la mondialisation nous asservit.Blancs,Blacks, qu’importe le continent d’où l’on provienne. La chaine qui nous entrave est belle et bien identique,nauséabonde, basée sur un seul axe ,faire de nous tous des dépendants ,Con-sommateurs!

  • YannMerkado dit :

    Absolument regarder l’épisode 2 de la saison 1 de la série BLACK MIRROR !
    Ca parle tout à fait de ça… dans un futur très proche.

  • citral dit :

    Hmm, c’est intéressant mais j’ai un peu l’impression qu’en ce moment le « nouveau hype » c’est le « hype cynique ».

    En gros, je chie sur la société et les gens, mais je n’apporte rien. Aucune ébauche de début de possible amélioration n’est proposée dans ce post. C’est bien de contempler, de critiquer, mais après finalement on se retrouve comme les autres à chier dans de l’eau potable et à envoyer un mail à ses potes pour la prochaine soirée non ? Et ton jambon, tu refuses de l’acheter sous blister ?

    Laisse moi rire.

    Finalement être un hipster cynique est 1000 fois plus à chier que d’être une gros con de consomateur aveugle qui apporte de la joie et de la bonne humeur autour de lui. Tu dis assumer ta solitude (en travers des lignes, en critiquant ceux qui ne l’assument pas) mais ce n’est sans doute pas un hasard si tu es seul.

    Un cynique qui ne chie pas sur les autres (ou plutôt a arrêté)

    • joe dit :

      mouais, je sais pas, je suis pas d’accord.. je pense que le fait de « chier » sur les autres, c’est aussi une façon de se dédouaner de la bêtise, mais aussi une façon d’avancer. c’est le fait de pouvoir critiquer qui prouve que l’on est libre et c’est le fait de critiquer qui permet de refuser les erreurs des autres. Il faut pas tout accepter béatement et opiner du chef à chaque nouvelle révolution, c’est ça qui fait que tu es encore un homme ou pas. quant au type qui consomme et qui « apporte du bonheur » autour de lui, oui c’est vrai il peut apporter de la bonne humeur, mais il finira par agacer et créer du conflit, alors qu’un type un peu critique peut faire bouger les lignes s’il le faut.

  • ax59 dit :

    L’uniformisation totale en tant que consommateur oui; donc l’uniformisation sur l’amas de bien, sur un projet individualiste et marchand. Mais en même temps de plus en plus de repli communautaire et d’exacerbation des différences et donc de moins en moins d’union autour de valeurs communes.

  • Kelly dit :

    Citral, tu remarqueras dans le texte qu’avec la présence du « nous »,je ne me retire pas dans une tour d’argent pour observer le monde. Je conclut par ailleurs en disant qu’il est très compliqué d’échapper au totalitarisme moderne, par définition, même pour celui dont la conscience ne dort pas. Et je suis désolée, mais encourager la surconsommation n’est pas un acte responsable, aussi sympathique que soit le consommateur.
    De plus, le site compte quelques centaines de textes, tu trouveras donc autant de constats comme ici que de proposition comme celles-ci: http://diktacratie.com/pouvoir-egalitaire/
    Ton commentaire incarne ce que tu reproches, finalement, tu chies à la fois sur le « gros con » de consommateur et sur le « hipster » cynique (qui rentre lui aussi dans la catégorie des hyper consommateurs), te plaçant toi sur le dessus du panier!
    Pour finir, tu seras d’accord avec moi que: pas de proposition sans constat, pas de constat sans proposition.

  • robert dit :

    combien de temps ça va durer? peut etre les images des guerres mondiales sans cesse repassées aux tv font que chacun de nous préfere continuer à vivre ainsi en esclaves repus plutot que de se battre le ventre vide…..http://soldatducontingent8308.wordpress.com/

  • Soso dit :

    Tout ça,on le sait!!Il y a déjà 10 ans de ça,j’ai commencé à boycotter certains produits et on me traitait de débile.Les temps changent et je pense qu’il faut se tourner vers certains pays considérés comme préhistoriques pour l’intelligentsia pour réellement comprendre ce qui se trame en coulisse.Sont en avance sur notre temps ceux que l’on considère comme « arrièristes ». Bref, visitez ce qu’on appelle le tiers monde,vous vous rendrez compte qu’au final, nous le sommes tout autant sinon plus.

  • Frédéric dit :

    C’est drôle je viens juste de finir de lire cet article:

    https://hackingsocialblog.wordpress.com/2015/03/03/le-bonheur-nest-pas-celui-quon-nous-vend-la-preuve-par-le-flow/

    Et aussitôt je tombe sur le votre, synchronicité, synchronicité quand tu nous tient…

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