Front de Gauche  : analyse d’un échec

Front de Gauche  : analyse d’un échec

le 06 février, 2015 dans Provoquer le débat par

Alors que les crises économiques systémiques sur fond de crise morale se succèdent en Europe, n’importe quel observateur s’intéressant de près ou de loin à la politique ne manquera pas de s’étonner qu’en France, aucun parti d’opposition anti-capitaliste ne parvienne à percer aux élections nationales. Cela est d’autant plus étonnant dans un pays à la tradition révolutionnaire bien établie, ayant vu naître quelques un des plus grands penseurs marxistes et syndicalistes, et où le parti communiste fut à une époque le désormais célèbre «  premier parti de France  ».

Jean-Luc Mélenchon, qui fut sénateur socialiste (savoureuse oxymore quand on pense à ce qu’incarna le socialisme à ses débuts) durant vingt ans, était parvenu il y a quelques années à prendre la tête d’un front de gauche. Ce mouvement avait pour ambition de rassembler l’ensemble des courants anti-capitalistes au sein d’un parti de gouvernement, étant entendu qu’il serait soi-disant possible de réformer/contrôler l’économie de marché, selon une interprétation du Capital que je ne me désespère pas de découvrir un jour. L’échec, au vu des prétentions affichées, fut cuisant.

Il y a quelques années, je lisais dans les commentaires d’un article du Monde (les commentaires des lecteurs étant les rares choses encore intéressantes à lire, parfois, sur ce site) la réflexion suivante  : «  il n’y a pas assez de profs en France pour que le FdG fasse plus de 15%  ». Derrière cette déclaration péremptoire et outrancière se cache en fait une analyse beaucoup plus fine et à peine voilée. Le vote répond, dans les pays où la démocratie représentative est en vigueur, à une réalité corporatiste et/ou ethnique. Ce dernier cas est particulièrement visible dans certains pays d’Afrique, où certaines ethnies eurent tôt fait de comprendre que, ne représentant qu’une minorité de la population, et n’ayant pas la culture ni les moyens du lobbying intensif, elles n’auraient jamais accès aux leviers du pouvoir autrement que par le coup de force. En France, le vote est en grande partie corporatiste. Et le grand problème du FdG est de n’être jamais parvenu à élargir son socle sociologique afin de faire adhérer à son projet les masses laborieuses.
Cette incapacité est en fait consubstantielle à l’ADN de ce parti anticapitaliste, aussi peu marxiste sur le plan théorique qu’inféodé à l’idéologie libérale-libertaire dans les faits.

En effet, pour pouvoir accaparer le vote populaire, il eut fallu au FdG changer son discours sur deux point fondamentaux et particulièrement clivant, qui divise la scène politique bien plus que l’ancienne partition droite du capital / gauche du capital, devenue totalement obsolète.

Le premier point concerne l’appartenance à l’UE. L’UE, en tant que superstructure politique, est une ploutocratie bureaucratique inféodée, de facto, à la BCE, avec dans ses instances décisionnaires une commission de cooptés fort peu représentative, et dont l’ambition à terme est de permettre l’intégration et la phagocytation de la vieille Europe au sein du futur marché transatlantique, en vue de sa soumission totale et définitive. L’électorat populaire français a eu tout le loisir de constater ces dernières années tous les bienfaits dont il était redevable à l’UE, et n’a plus qu’un seul désir : en sortir au plus vite, quel qu’en soit le prix, étant entendu que cette sortie paraît à l’heure de plus en plus inéluctable et souhaitable à mesure que le spectre de la Grèce se rapproche de nous. Le FdG se trouve avoir sur cette problématique le cul entre deux chaises. Annoncer vouloir sortir de l’UE, c’est donner raison aux souverainistes, c’est renoncer au vieux phantasme internationaliste, c’est reconnaître qu’on a eu tort de mettre les pays de la vieille Europe en coupe réglée, et de s’être pour ce faire rangé aux côtés des libéraux et des atlantistes. Car ne nous y trompons pas, il n’y a rien de radicalement anti-capitaliste, passée la profession de foi aux allures de slogans marketing, dans le FdG. Le FdG ne réclame ni la fin de la société marchande, ni l’abolition du salariat. Ses lendemains qui chantent sont ceux d’un état providence où une répartition un peu moins flagrante des inégalités permettra aux exploitants de légitimer leur mainmise sur le capital, les moyens de production et l’état, sous couvert de subsides et d’allocations de survie auprès des «  sans-dents  ».

Le second point est encore plus problématique, il s’agit de l’immigration. Alors que cette dernière était perçue – jusqu’à il y a quelques décennies à peine par les leaders du PCF, et en vertu d’une lecture marxienne de l’économie – comme l’armée de réserve du capital, elle est devenue aujourd’hui, chez les caciques du FdG, synonyme de force du progrès, flux bienfaiteur et inéluctable qui devrait permettre d’augmenter le nombre de cotisations de manière providentielle. Alors que le français moyen, indécrottable beauf réactionnaire, a compris depuis belle lurette de quoi il retournait et à qui bénéficiait cette immigration de travail, le divorce idéologique semble désormais indépassable et insurmontable entre eux et les leaders de la gauche dite anti-capitalise, qui se désespère, d’élection en élection, de voir des électeurs se rallier à leurs rouges étendards…

Que le FdG évolue sur ces deux points, et il pourrait devenir une force crédible de transformation de la société auprès de l’électorat populaire. Tant que son discours s’apparentera, sur ces sujets fondamentaux et clivants, à celui d’Alain Minc, de Cohn-Bendith et de toute la crème libérale chérie des médias et des assemblées ploutocratiques, il sera condamné à son rôle de voiture balais du parti socialiste.

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5 Commentaries

  • tontonremi dit :

    C’est ce qu’à démontré Alain Soral depuis bien longtemps mais vous lui avez craché à la gueule.
    Il y a deux mois à peine le drapeau français était un drapeau nazi, la marseillaise un chant fasciste et tous ces bobo-gaucho-écolos beuglaient CRS SS
    Trois coups de mitraillette et ils sont tous Charlie à beugler la marseillaise en faisant des bisous aux flics.
    Les gens de gauches sont de gros naïfs manipulables et des puceaux du réel !

  • Jo l'indien dit :

    Melenchon n’est pas un internationaliste, c’est un mondialiste. C’est à dire partie prenante à l’ensemble inféodé et sous dominante du fric (1%) qui déplace les peuples, place les dictateurs, pollue, etc

  • Et à cette gauche dégoulinante de bien-pensance, rappelons aussi et surtout les mots du grand socialiste (oui, il y en eut !) Jean Jaurès, prononcés le 17 février 1894 lors de son fameux discours « Pour un socialisme douanier » :
    « Ce que nous ne voulons pas, c’est que le capital international aille chercher la main-d’œuvre sur les marchés où elle est la plus avilie, humiliée, dépréciée, pour la jeter sans contrôle et sans réglementation sur le marché français, et pour amener partout dans le monde les salaires au niveau des pays où ils sont le plus bas. C’est en ce sens, et en ce sens seulement, que nous voulons protéger la main-d’œuvre française contre la main-d’œuvre étrangère, non pas je le répète, par un exclusivisme chauvin mais pour substituer l’international du bien-être à l’internationale de la misère. »

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