Féminisme et lutte des classes

Féminisme et lutte des classes

le 09 novembre, 2014 dans Lecture du dimanche par

La lutte des classes a totalement transformé, travaillé l’antagonisme des sexes qui est au commencement de l’histoire de l’humanité. Maintenant la femme s’oppose à la femme comme l’homme s’oppose à l’homme. Et la femme s’allie à l’homme comme les classes sociales s’opposent.
L’extraordinaire expansion des couches moyennes peut occulter la contradiction majeure : bourgeoisie – classe ouvrière. Et la lutte des classes peut être sous-estimée, ignorée et même considérée comme « dépassée ». Pour bien des femmes, il n’est pas évident qu’elles participent à l’exploitation de la classe dominée et que cette exploitation soit plus grande que leur exploitation par l’homme de la classe dominante. C’est qu’elles méconnaissent le rôle exact de ces couches moyennes dans le procès de production et dans le procès de consommation. Et il est vrai que le statut de ces couches sociales est particulièrement ambigu.
Elles sont à la fois victimes et profiteuses de l‘extorsion de la plus-value. Elles ne possèdent pas les moyens de production mais extorquent une certaine plus-value. Cette double monstruosité statutaire explique la confusion fondamentale de la nouvelle idéologie et, en particulier, le féminisme. Celui-ci va inverser la situation objective (que nous avons définie). L’antagonisme de sexe, originel, sera réactivé au point de prétendre dépasser la lutte des classes. Et le marxisme (surtout lorsqu’il sera léniniste), sera dénoncé comme un phallocratisme larvé.

Apparaît alors un corporatisme du sexe : un sexisme. Un mélange confus des « intérêts » du sexe – féminin – de la culture – bourgeoise – du discours – libertaire. Est sexiste toute représentation qui fait du sexe une « essence », une détermination transcendante à l’histoire. Sexe « naturel », pur, au delà des rapports de production. Ce corporatisme promeut un fait biologique en une « nature » métaphysique.
Aussi, tout pouvoir politique, de toute culture historique, sera identifié au pouvoir mâle. Le combat révolutionnaire du féminisme est le combat contre l’homme en tant que sexe qui s’est identifié au processus de l’histoire.
Alors ce n’est plus la guerre des sexes de l’origine. C’est une nouvelle guerre. D’ordre métaphysique. Celle de la substance contre l’histoire. La femme est l’anté-prédicatif, la non détermination, la non représentation. Elle est ce qui est avant la culture. Elle est l’anti progrès absolu. Elle est l’humanité d’avant l’histoire. Histoire décrétée vaine, prétexte à la prise de pouvoir phallocratique.

Le combat féministe se révèle n’être que le combat de l’idéologie réactionnaire contre le sens de l’histoire. Et sous une forme moderniste. Le féminisme réactive un archaïsme, le dénature, le falsifie pour en faire une nouvelle idéologie de la substance : l’Être sans l’histoire (idéologie commune à tous les penseurs de la modernité bourgeoise, à partir de Heidegger).

Le nouveau statut conféré à la femme n’est autre, alors que son nouveau pouvoir mondain, une nouvelle stratégie du pouvoir de classe. Elle a fonction d’implanter la social-démocratie libertaire et ce qui est désolant, à partir d’un bon sentiment : la révolte légitime de la femme outragée (toute idéologie se farde d’une vertu. Pour la détourner). Femme doublement spoliée : par l’homme de la société victorienne et par l’homme de la société permissive.
Le féminisme sera cette contradiction radicale, ce paradoxe mis en place et promu par le pouvoir : l’égalité des sexes est revendiquée en même temps que le sexisme radical (du féminisme). Et même par ce sexisme. Comme si l’égalité « naturelle » pouvait s’identifier à l’égalité politique et culturelle. Comme si le processus de désubstantialisation de l ‘histoire pouvait à son résultat, proclamer la substance absolue.
La seule mesure de l’égalité politique entre l’homme et la femme, c’est l’égalité devant le travail. C’est l’égalité proposée par le socialisme (celui qui lutte contre la social-démocratie). C’est la seule manière d’en finir à la fois avec l’Eve éternelle et l’Homme éternel. Alors plus de phallocrates ni de féministes. Mais un rôle commun, dans le procès de production et de consommation. »

Michel Clouscard (Le capitalisme de la séduction)

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