Extrémisme et démocratie

Extrémisme et démocratie

le 17 mai, 2015 dans Lecture du dimanche par

Un mouvement extrémiste, qu’est-ce que c’est en définitive ?

Sous un gouvernement autocratique, l’assassinat et le coup d’Etat sont souvent les seuls méthodes possibles pour introduire un changement majeur dans la politique gouvernementale. Dans une démocratie cependant, par définition cette possibilité est toujours accessible à travers la discussion, les débats et les mécanismes de choix. La définition correcte d’un mouvement « extrémiste » (et il nous faut reconnaître l’imprécision du terme) ne repose donc pas sur l’étendue du changement qu’il préconise, mais sur l’affirmation que les mécanismes démocratiques traditionnels sont inefficaces pour les objectifs qu’il poursuit, et que par conséquent il faut employer des méthodes capables de briser le cadre démocratique.
De tels mouvements ne furent pas inconnus par le passé, mais à Athènes du moins, il n’est pas sans intérêt de savoir qu’ils se limitèrent aux classes supérieures cultivées, nanties de sécurité économique. Certains ne reculèrent pas devant l’assassinat pour que réussisse un éphémère coup d’Etat oligarchique en 411 av. J.-C.

Il est indéniable que les mouvements extrémistes ont joué un rôle important dans les démocraties occidentales au XXème siècle. Sur ce point, quelle est la réponse des théoriciens élitistes ? Il y a d’une part une attitude qui relève du Docteur Pangloss : « Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles », et quiconque en juge autrement se voit adresser un chapelet de qualifications : échecs personnels, déracinement, insécurité, manque d’instruction, autoritarisme.

La qualité qui fait défaut…c’est la modération.

D’autre part on avance la théorie selon laquelle il est d’essence de la démocratie que la possibilité de régler la politique du gouvernement se restreigne à un choix périodique entre des hommes politiques maîtres des décisions entrant en compétition. Il y a une logique défectueuse dans une doctrine qui refuse à de larges secteurs de la population une participation effective au processus de la prise de décisions, en se fondant sur le fait que leurs revendications ont toutes chances d’être « extrémistes », pour souligner ensuite le manque de modération comme preuve de ce qu’ils ont été exclus à juste titre.

La grave erreur des théories sur les taudis urbains, a-t-il été justement rétorqué, a été de transformer les conditions sociologiques en traits psychologiques, et d’attribuer aux victimes les caractéristiques déformés de leurs bourreaux. En fait l’acceptation sans aucune mise en question de l’irrationalité des taudis a contribué inexorablement à ce que se réalisent d’elles-mêmes les pires prédictions.

On doit admettre que tout groupe d’intérêts peut abandonner les méthodes démocratiques parce qu’il croit impossible pour lui d’atteindre ses objectifs démocratiquement. Ce fut le cas pour les oligarques athéniens dont j’ai parlé il y a un instant, et leur conviction était bien fondée : étant donné les procédures gouvernementales à Athènes, ils n’avaient pas la possibilité de l’emporter sur l’assemblée, sinon par la terreur, par l’assassinat et par la fraude.

Nos procédures sont forcément différentes, mais lorsque la différence atteint les proportions que la théorie élitiste a converties en vertu positive, comment peut-on vérifier la conviction que la persuasion est impossible ? Le problème que pose cette situation est extraordinairement complexe et difficile. L’enquête historique, portant à la fois sur le passé récent et sur le passé plus lointain, me pousse à croire qu’un essai pour le résoudre par un repliement sur l’apathie politique est une tentative désespérérée pour « sauver les phénomènes. »

              Moses I.Finley  (Démocratie antique et démocratie moderne)

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5 Commentaries

  • Vincent Réjon dit :

    Didier Super résume bien:

  • Vincent Réjon dit :

    En plus court:

    http://www.youtube.com/watch?v=5H5eJg_rhgw

    Maintenant j’imagine déjà les gauchiasses qui lâcheront leurs coms…

  • Machete dit :

    Vincent Réjon, désolé de te décevoir mais didier super est très proche de l’extrême gauche et du NPA ou il a accordé plusieurs dans leur presse. Didier super nous fait bien rire. La prochaine fois tu prendra d’autres sources

  • Bernard dit :

    Les antifas sont les pires crétins de la politique. Ils sont sectaires, bornés, bouchés à l’émeri. Quand ils n’ont plus d’arguments ils répondent par des insultes ou des propos débiles genre pipi-caca. Ils sont l’avant-garde du système, et finalement leur bêtise rend service à leurs adversaires.

  • enebre dit :

    Merci pour avoir approché ce sujet.
    C’est un très bel essai pour une explication… je cite :  » Le problème que pose cette situation est extraordinairement complexe et difficile.  »

    Cette énorme difficulté s’impose lorsqu’on cherche la protection sous-jacente du système.
    Pour ce qui concerne l’assassinat du pouvoir en place ; si ont redéfini la manière de gouverner, on pourrait en faire la méthode par défaut après la première injonction de sortie pour usage inapproprié du pouvoir.

    Car, si le problème est insoluble, c’est que l’énoncé est probablement mal définie. ( Ce qui à probablement été longuement étudié par l’establishment, pour ainsi se prémunir de toute critique éliminatoire. )

    Tout pourrait se définir par des règles à larges spectres mais précises.
    Par exemple : Tu oeuvreras pour l’intérêt de tous.

    Le problème se complique dès qu’ont inclus des précisions, car elles impliquent indirectement des privilèges à accorder, pour un qualificatif ou préférence arbitraire.

    Donc, comme dans la Bible, nous devons envisager de faire le grand nettoyage, non pas de la planète, mais du système de la gestion des peuples.

    D’ailleurs pour ne citer qu’un exemple, nous sommes tellement mal emmanché sur le plan juridique, qu’une personne ne peut plus se défendre seule d’une accusation sans avoir les moyens de se payer un avocat hors de prix, ce qui engendre une ségrégation inacceptable de la justice, ça aussi c’est mit en place par l’establishment.

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