Entre la gare et la guerre.

Entre la gare et la guerre.

le 07 mars, 2012 dans Journal d'un vaurien par

On nous a dit qu’il n’y en aurait plus, qu’on pourrait dormir tranquille et rêver à ce qu’on serait demain. Que la guerre était loin, qu’on l’avait vaincu…

7h20. Comme des millions de travailleurs je m’embourbe dans le noir de la nuit qui s’endort, bien calfeutré dans mon manteau bleu marine, rangers aux pieds, j’avance à grand pas vers mes huit euros de l’heure…
On n’est pas si mal loti, paraît-il. Comparé à ceux qu’ont déjà tout perdu et n’ont plus qu’à mourir, c’est certain. N’empêche que, de pavillons en résidences et d’angles droits en parallèles, je remonte la ville en cogitant à notre foutue condition. Je repense à tous ces salonnards opulents qui la promeuvent sans même n’avoir jamais été au charbon. Enfin, me voici à la gare RER, où ma marche, commencé en solitaire, se finit en bataillon.

Elle est toute neuve la station. Maintenant, y a de belles portes vitrées et des caméras dans tous les recoins ! Sûr qu’elles identifieront bientôt ceux qui profitent des barrières pour faire de l’exercice… Eh hop ! je saute. Quatre-vingt-quatre euros par mois d’abonnement c’est plus d’un dixième de mon salaire, et c’est franchement pas raisonnable, je vous assure… J’escalade la passerelle pour accéder au quai, quand au loin, le soleil se lève et embrase la ville… Impérial ! Je m’arrête trente secondes face à l’éternel, je profite de sa majesté, avant d’embarquer pour les limbes de Paris.

Le quai s’emplit et se vide comme un accordéon jouant des airs mélancoliques, la foule se frotte et s’agglutine pendant que je me faufile jusqu’en tête de train. J’embarque, toujours en dernier. Ca permet de voir encore un peu dehors, collé entre la porte et mes humbles co-passagers.
Le train s’élance dans un silence d’acier, l’air conditionné ventile nos tonnes d’âmes accablées par la fatigue s’accumulant. Certains lisent des romans gros comme ça écrit à la truelle, tournant les pages sans que rien ne s’éclaire sur leurs visages, tandis que des jeunes partagent des hits en mal d’inspiration débordant de leurs oreilles… C’est ni Wagner ni Morrison qui font bouger la tête comme ça.

Par dessus les épaules j’espionne la presse tout en couleur : Metro titre « Le cri du peuple Russe », Libération « Faut-il frapper les sites nucléaires iraniens ? » Ca sent l’embrouille… Ca pue la propagande d’avant guerre ! Pourtant, on ferait mieux de balayer devant nos portes avant de se fourvoyer dans les Affaires Etrangères. On en connaît chez nous qu’ont fait voter des morts ! et qui sont toujours en place. Tibéri, hein !? Le fils spirituel du grand Jacques, celui que la dégénérescence arrange si bien… Et, pourquoi ne parle-t-on pas de Sarkozy, qui dans un élan humanitaire a fait bombarder la Libye durant des mois en prétextant un massacre, dont on attend toujours les preuves ? Leurs frappes préventives ne sont rien d’autre qu’une guerre, voilà ! Une vraie saloperie ! De celle qui broie, démembre, ravage, irradie et tue sans distinction.

Les portes s’ouvrent. Je descends à Opéra. On piétine, puis accélère vers notre nouvelle destination. Quand devant nous, en quatre par trois, s’affiche la réclame de l’armée de terre : « Devenez vous même ! »

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