Du citoyen au consommateur

Du citoyen au consommateur

le 17 février, 2015 dans Lecture de vacances, Lecture du dimanche par

L’ancien peuple de France majoritairement agricole, élevé dans l’obéissance à Dieu, cette soumission quasi magique à l’irrationalisme de la tradition qu’était la monarchie du servage, se trouvait, de fait, beaucoup plus éloigné des idées rationalistes et républicaines que les bourgeois des villes.

Après 1789, la scolarisation, le travail des hussards noirs de la république pour l’élévation des esprits obscurantistes et bigots, était donc à la fois la marche de la raison, la générosité du progrès et l’intérêt du nouveau pouvoir; gagner à sa cause, en leur inculquant sa vision du monde, des paysans qui s’étaient parfois montrés rétifs – en Vendée et ailleurs – au progressisme républicain.

Une marche du progrès qui fit dans le même temps des paysans des prolétaires, soumis à cette rationalité concrète qu’est la mécanisation du travail collectif hautement divisé; ce travail en usine qu’ils devaient maîtriser pour servir l’économie moderne, et le profit de la classe qui la dynamisait : la bourgeoisie.

Mais ce rationalisme laïc, à la fois progrès et intérêt, portait avec lui le « droit naturel » , soit une certaine pédagogie de la lucidité face à l’arbitraire du pouvoir; la conscience politique à la portée de tous. Ainsi naquit, à coté de l’aptitude mentale à servir l’économie bourgeoise mécanisée, la conscience politique du mouvement ouvrier. Cet esprit rationnel, doublé d’un sens de la justice sociale, qui fonde l’essence de la citoyenneté républicaine.

Or, quand l’évolution de l’économie bourgeoise, imposée par la maximisation et le renouvellement des sources du profit, passa d’une logique de la production à une logique de la consommation; d’une morale fondée sur la solidarité du travail collectif hautement hiérarchisé de la grande industrie, à la pulsion irrationnelle de l‘individualisme jouisseur convertie en acte d’achat, la conscience citoyenne, autrefois nécessaire au système, devint alors un frein à son expansion.

Comme leurs prédécesseurs avaient programmé l’éducation des masses, les tenants du pouvoir programmèrent à leur tour – à partir de mai 68 – leur déséducation; cassant par tous les moyens la petite et la grande école républicaines (fin du certificat d’études, dévalorisation des sciences dures au profit des sciences humaines, filières art et lettres, féminisation, tiers mondialisation…) pour faire de l’ancien citoyen de la République, éduqué et lucide, un consommateur abruti, compulsif, isolé.

Une destruction de l’école et de la raison qui n’est donc pas un accident, mais un projet; la conditon sine qua none de la survie d’une république citoyenne devenue démocratie de marché. »

           Alain Soral ( Socrate à Saint-Tropez )

1 Commentaire

  • Daniel dit :

    En conclusion, instruisons-nous pour ne pas être l’instrument d’une oligarchie prête à sacrifier des générations pour obtenir le pouvoir et le profit.

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