Du business de la charité

Du business de la charité

le 07 décembre, 2015 dans Provoquer le débat par

Hiver des sans-abris, maladies orphelines, famines et autres grandes causes humanitaires, la société du capitalisme financier, celle qui provoque de la précarité à grande échelle, convoque ses administrés à intervalles réguliers pour de grandes cérémonies caritatives…
Sur fond d’empathie et de générosité, la machinerie du divertissement solidarise le tout venant à travers le prisme de la télé. Le but : collecter des fonds pour une cause qu’un État démissionnaire refuse de supporter.

Quand le spectacle recouvre d’un glacis la faillite de l’État…

Des individus qui n’ont pas accès aux soins de pointe, qui ont du mal à joindre les deux bouts, qui dorment sur des cartons, en dessous des ponts : le capitalisme ultra libéralisé génère son lot de nuisances…
Pour masquer l’absence de réactivité étatique face à une situation qui relève du péril social, l’indigence se voit convertie en animation et s’installe au cœur des foyers. En ces périodes d’oppression économique, la misère se confond avec l’amusement décomplexé. La situation réclamerait une pudeur toute mortuaire, on préfère y opposer le pathos et le déluge de bons sentiments, d’où la multiplication des galas et autres soirées de charité : l’indigence oui, mais en chanson (avec le bon peuple comme donateur et contributeur).
En d’autres termes, l’État percepteur d’impôt, déjà coupable d’imposer l’austérité, ne peut plus rien pour ses pauvres et ses malades. Libéralisme oblige, il va capter beaucoup d’argent mais en répartir peu. C’est donc la société civile, le citoyen surtaxé qui prend le relais et qui va raquer.
Mais il en aura pour son argent car du spectacle, il y en aura…

Quand vedettes et marques consacrées participent au travestissement

« Téléthon, Les Enfoirés, Viva for life,…  », autant d’événements caritatifs normés, institutionnalisés où nos amuseurs publics feignent l’oubli de la dimension commerciale de leur activité. Le vecteur promotionnel des uns, c’est le malheur des autres. Les industries de marques et les banques perdent le temps d’un soir leur tendance à l’accumulation et à la rapacité. Ils présentent à la caméra leur chèque géant avec le montant bien visible. S’agit -il d’une œuvre désintéressée ou d’une opération permettant un défraiement fiscal intéressant ? On ne le saura pas…
Entre deux séquences tristes à en pleurer, les troubadours poussent la chansonnette, la cavalcade des chiffres frise l’affolement. Un animateur lacrymal exhorte le spectateur à donner. Croissance oblige, les sommes à collecter doivent dépasser celles de l’édition précédente, c’est la norme dans une société où les chiffres sont mesures de toutes choses.
Le show se veut charismatique. Dans la pratique, il rompt avec les codes de discrétion et de gravité exigés. Le lègue, le don sera ostentatoire, sera médiatisé…
Au-delà de cette mise en scène exagérément sensibilisatrice, c’est bien la désaffection qui domine. La précarité, la misère rampante, les gens à la rue, la mucoviscidose ou l’amyotrophie spinale intéressent les mécènes et les « culturo-mondains » pour un motif trivialement simple : l’accès de générosité constitue un acte auto-promotionnel. Toutes les techniques de marketing et de culpabilisation du spectateur seront utilisées…

Il n’est évidemment pas question de remettre en cause les principes d’entraide, d’assistance et de mécénat. On n’ergotera pas non plus sur le juste usage qu’il est fait de l’ argent collecté. Par contre, il est impératif de condamner la sordide récupération spectaculaire d’une misère humaine qui devrait être intégralement prise en charge par l’État et ses institutions.

1 Commentaire

  • Jean Dépautre dit :

    Charité-Bizness ou terrorisme-Bizness tout est spectacle.Cela permet de noyer sous les paillettes les questions fondamentales.Une putain de gueule de bois est à venir.

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