Démocratie moderne et démocratie antique (partie 1)

Démocratie moderne et démocratie antique (partie 1)

le 03 septembre, 2012 dans Démocratie, Démocratie / Oligarchie, Histoire / Légendes par

Démocratie antique et démocratie moderne est l’ouvrage d’un historien américain, Moses I. Finley, qui nous a définitivement convaincu des possibles potentialités démocratiques à réhabiliter dans notre République consensuellement oligarchique.
A première vue, cet essai semblait pourtant destiné, au mieux à une poignée d’experts universitaires, au pire à la poussière des bibliothèques… Mais force est de contaster que sa lecture, conseillée il est vrai par Etienne Chouard, a permis à notre site, Diktacratie.com, de trouver ses plus solides fondations.

Finley constate en premier lieu une apathie politique symptomatique de notre époque électoraliste. Le peuple, aujourd’hui troupeau d’électeurs essentiellement passifs, n’est invité qu’à choisir entre des groupes d’élite en concurrence. De fait, « les décisions sont prises par des dirigeants politiques, et non par un vote populaire qui n’a au mieux qu’un pouvoir occasionnel de véto, une fois le fait accompli » . C’est comme si l’anti-démocratie s’était travestie sous le nom de démocratie pour le plus grand bonheur de nos oligarques.

Car la démocratie, la vraie, c’est la bonne société elle-même en action.

Comme ce fut le cas au Vème et IVème siècle av. J.-C. à Athènes : un gouvernement par le peuple, constitué de milliers de citoyens (jusqu’à 6000) au dessus de vingt ans, se réunissait alors très fréquemment (40 fois par an) en assemblée en plein air (d’abord sur l’agora, puis sur la colline de la Pnyx). Lors de journées de débats, où tout homme présent avait droit de participer en prenant la parole (iségoria), s’élaboraient les décisions collectives sur la guerre, la paix, les traités, les budgets, les travaux publics
Les tâches  de gouvernement plus administratives étaient tenues par un Conseil de 500 membres sans cesse renouvelés et tirés au sort.

Est-il possible d’imaginer un instant que n’importe quel jeune garçon athénien avait lors de sa vie une chance de devenir, au moins pour un jour, président de l’Assemblée (Ecclésia) ou inspecteur des marchés,  membre du conseil des 500, juré et surtout membre votant de l’Ecclésia.
L’égalité citoyenne, revendiquée désormais exclusivement dans tous les discours de nos politiciens corrompus, a donc été réellement incarnée, et a favorisé le partage du pouvoir le plus bénéfique à l’intérêt commun.

Le peuple possédait, ainsi, non seulement l’éligibilité nécessaire pour occuper les charges et le droit d’élire des magistrats, mais aussi le droit de décider en tous les domaines de la politique de l’Etat et le droit de juger, constitué en tribunal, de toutes les causes importantes, civiles et criminelles, publiques et privées. La concentration de l’autorité dans l’Assemblée, la fragmentation et le caractère rotatif des postes administratifs, le choix par tirage au sort, l’absence de bureaucratie rétribuée, les jurys populaires, tout cela contribuait à empêcher la création d’un appareil de parti et, par voie de conséquence, d’une élite politique institutionnalisée. La direction des affaires était directe et personnelle, et il n’y avait pas place pour de médiocres fantoches, manipulés derrière la scène par les dirigeants « réels ». »

Athènes réussit donc près de 200 ans à être l’Etat le plus prospère, le plus puissant, le plus stable, le plus paisible intérieurement et de loin le plus riche de tout le monde grec au point de vue culturel.

                                                                                                                                      Demain : partie 2…

                  Cédric Bernelas

Partager

3 Commentaries

  • Thomas dit :

    Je ne peux que me réjouir de vous voir aborder ce sujet et en particulier de citer l’ouvrage de Finley. Cependant, vous oubliez une donnée majeure pour comprendre la démocratie athénienne, les conditions à respecter pour devenir un citoyen. Tout d’abord les femmes, les esclaves et les métèques, c’est-à-dire les étrangers domiciliés dans une cité autre que celles dont ils sont originaires (source: wikipédia), ne pouvaient être des citoyens, de par leur nature. De plus il fallait être propriétaire terrien et être fils de citoyen, ce qui réduit encore plus le nombre de citoyen par rapport au nombre total d’habitants.
    De plus, je ne suis vraiment pas d’accord avec votre conclusion: « Athènes réussit donc près de 200 ans à être l’Etat le plus prospère, le plus puissant, le plus stable, le plus paisible intérieurement et de loin le plus riche de tout le monde grec au point de vue culturel. » Je pourrais citer tout un tas d’autres cités aussi voire plus prospères à tel ou tel moment qu’Athènes mais là n’est pas la question. On érige la démocratie athénienne comme modèle absolu en comparaison avec notre démocratie. L’ouvrage de Finley, ainsi que votre article, sont très intéressants et permettent de remettre en question la démocratie telle qu’elle est aujourd’hui. Cependant, il ne faut pas oublier que si l’on parle toujours d’Athènes c’est tout simplement parce que le fonctionnement de près de 90% des autres cités n’est pas connu. Il ne faut pas oublier que nos connaissances en Histoire sont tributaires de la permanence des sources historiques. Nous prenons Athènes en exemple car nous connaissons son histoire, ce qui n’est pas le cas pour nombre de ses voisines.

    • Thomas, tu auras en partie les réponses à tes questions demain dans la partie 2.

      En ce qui concerne les références aux autres cités qui auraient été tout aussi prospères et démocratique, je t’invite à nous faire part de tes connaissances, vraiment n’hésites pas, il serait précieux d’avoir d’autres expériences à découvrir. Tu peux donc nous envoyer un texte via « conctatez-nous ».

  • trolol dit :

    vote site c de la merde

Réagissez à cet article :