Pas de démocratie sans frontières

Pas de démocratie sans frontières

le 26 mars, 2015 dans Démocratie, Provoquer le débat par

Un monde sans frontières n’est plus un monde. De fait, c’est un néant. D’où la vacuité du statut autoproclamé de «citoyen du monde», pauvre pirouette poétique éculée. Curieusement, il suffit que l’on parle de «frontières», pour que certains extirpent non pas leur revolver, mais tout au moins leur fiel atrabilaire.

C’est que le mot figure en bonne place au registre des mots interdits, où l’on retrouve également des terminologies aujourd’hui élevées au rang d’insultes, comme par exemple «patrie», «nation», «pays réel», etc. Faut-il le rappeler aux oublieux, la «nation» n’est pas l’Etat-nation. Mais celui ou celle qui ose placer le mot «frontières» dans la conversation aura tôt fait d’être taxé de «fasciste», un mot magique qui permet à tous les cons de l’être encore un peu plus.

Il existe une gauche idéaliste, dont les lubies adolescentes composent le projet politique, et qui ne démord pas  de préceptes anarchistes toujours très mal digérés, comme la fameuse «société libre, sans classes ni Etats, sans patrie ni frontières». C’est beau comme du John Lennon. Dans la même veine déjà, au XIXe siècle, d’opportunistes républicains comme Victor Hugo souhaitaient l’instauration d’Etats-Unis d’Europe. Une ambition qui affirmait la fin des nations, des frontières, donc des conflits et des guerres. C.Q.F.D.

Passe encore de subir pareilles élucubrations et mystifications chez l’erratique père Hugo, mais il est plus troublant de retrouver ce genre d’inepties chez un Camus ou un Onfray. Le signe, sans doute, que même de brillants intellectuels peuvent confondre l’espoir avec le fantasme.

Car, à quoi sert une frontière, sinon à délimiter un lieu, ne serait-ce que pour responsabiliser démocratiquement ceux qui y vivent ? Il faut être un gauchiste écervelé pour ne pas l’entendre. Comme son nom l’indique, la Commune de Paris, en 1871, incarnait «le peuple de Paris», selon l’expression alors utilisée. Il n’y avait que l’armée de Versailles et le gouvernement d’Adolphe Thiers pour nier l’autonomie politique de cette entité géographique !

Abolir les frontières jusqu’à la dictature universelle

Le premier paramètre garantissant un pouvoir égalitaire au sein d’une communauté est sa démarcation : elle cerne le lieu du pouvoir et oblige ceux qui s’y trouvent à le partager. La frontière s’entend alors comme outil de désignation, de cohésion et d’organisation. Elle exprime le droit pour un groupe d’être souverain chez lui, ce qui est la condition élémentaire de son indépendance. Cette démarcation n’isole pas du monde extérieur, elle coexiste au contraire avec d’autres territoires par le biais de la fédération, celle-ci favorisant la rencontre, le dialogue, l’échange, le partage et l’association.

De l’Athènes de l’Antiquité à Kronstadt en 1921, en passant par Kiev au Moyen-âge, il en a toujours été ainsi pour marquer le territoire de la démocratie. Pénétrer l’enceinte bornée, c’est être concerné par ce qui s’y passe. Les règles du lieu de vie, qu’il soit temporaire ou définitif, sont établies dans un intérêt commun à tous. Franchir la frontière, c’est signer le contrat démocratique, partager le pouvoir avec les autres.

Le premier pas de la démocratie s’incarne au niveau local. Si le pouvoir est détenu par une poignée d’hommes, par quelques représentants à la solde des grandes fortunes ou d’une communauté religieuse particulière, c’est qu’il n’appartient donc pas à tous. En ce sens, la démocratie est le pouvoir immanent de chacun, qui dans l’intérêt d’un pouvoir collectif, propose et instaure les règles morales, sociales et politiques de l’endroit où l’on vit.

Comment peut-on aujourd’hui se réclamer à la fois de la démocratie et d’un monde sans frontières qui, tel un Léviathan, intégrerait tout dans son infini démesure ? Et n’est-ce pas l’essence même de la mondialisation, que d’anéantir les boucliers de notre autonomie ? Boucliers qui ne font que freiner cette circulation hégémonique des valeurs morales corrompues, des capitaux travestis, des modèles de consommation nous abrutissant toujours plus. Cette mondialisation, qui n’a de cesse d’uniformiser notre servitude, ne cherche qu’à s’étendre en abolissant toutes les frontières jusqu’à sa dictature universelle.

Il est un jeu très rigolo à pratiquer avec les fossoyeurs de mémoire et autres léninistes du dimanche qui ont mal aux fesses en entendant parler de frontières. Face à ce genre de chien de garde, quand il a fini d’aboyer son horreur de la démarcation territoriale, il faut alors lui demander, l’air de rien, s’il est favorable à la création d’un Etat palestinien… Effet garanti !

[Texte extrait du livre Démocratie radicale contre diktacratie]

12 Commentaries

  • Quercy dit :

    Merci pour ce courageux article.
    Ca réchauffe le coeur! Abolir les frontières c’est un schéma de standardisation, de déshumanisation du monde à la lumière de l’idéologie ambiante d’essence luciferienne ou une chose et son contraire se valent.
    Aussi, la théorie du genre n’est que le reflet de cette idéologie libérale visant à abolir les frontières entre l’homme et la femme… Nous nageons en plein délire, lâchement accepté par les masses bobo-pédantes.

    • Martin dit :

      Ces « masses bobo-pédantes » ne choisissent rien, il n’y a aucune lâcheté là dedans, elles sont victimes et ont plus besoin d’aide que de qualificatifs douteux.

  • dit :

    Le ton insultant n’invite pas au débat. Pourtant, nous allons tenter de discuter sans d’insulter. Possible?

    Il aurait été heureux de reprendre la définition de « frontière ». Il y a, dans ce mot, une idée d’opposition, de différence.
    Vous parlez de délimitations nécessaires à la démocratie : certes, c’est une évidence. Mais de quel droit une personne d’un côté d’une frontière peut regarder une autre personne, hélas de l’autre côté, subir les pires outrages ? Ce sont les frontières, dont vous faites les garants de la démocratie, qui empêche l’un de voir l’autre (un peu de poésie que vous moquez).
    De ceux que vous fustigez, je n’en connais aucun qui remettent en cause un découpage du territoire. On dit « partition » aussi, c’est joli non ? Un ensemble de territoires qui vivent de concert, en jouant chacun sa partie.
    Encore une fois, votre article ne mérite pas le tag « provoquer le débat ». Il l’étouffe.

    • Jé, ta poésie t’aveugle au point d’avoir quelque peu raté le message de notre texte. Sache par exemple que j’habite sur une frontière séparant deux villes : c’est un chemin et non un mur comme tes fantasmes morbides le suggèrent.
      Pour nous la frontière est une marque aidant à prendre conscience de l’endroit où nous vivons pour ensuite mieux nous responsabiliser quant à ce qu’il y a de préférable à faire pour répondre à l’intérêt commun.
      Toi tu y vois tout de suite une barrière, une protection, et ta métaphore musicale paraphrasant la proposition proudhonienne – qui est d’ailleurs la notre – de fédérer toutes ces communautés jusqu’à obtenir une belle entité, ne peut ici que sonner faussement.
      Ton intolérance et tes contradictions ne peuvent ainsi que parasiter ce débat, ce qui est franchement regrettable pour toi comme pour moi.
      Tu peux diffamer aussi sur notre ton et notre style, mais évite de spéculer sur la misère des autres en corrélation avec tes digressions utopiques, car ainsi le monde n’est pas prêt de changer, en tout cas pas réellement, et ce même si ta conscience se soulage de ces duperies adolescentes.

      • dit :

        Amusé de voir que je diffame sur un ton et un style. « Lubies adolescentes », « chien de garde », « gauchiste ecervelé »… Je persiste : le ton insultant n’invite pas au débat. Et votre réponse le confirme.
        Voici donc la définition de frontière, puisque vous refusez de la donner : « Limite séparant deux zones, deux régions caractérisées par des phénomènes physiques ou humains différents » (Larousse). Si nous ne sommes pas d’accord sur le sens du mot « frontière », le débat est stérile. Entendons nous sur les mots, voulez-vous ? D’après moi, vous n’habitez pas sur une frontière d’une ville. Vous êtes sur une limite administrative. Vos droits et devoirs sont identiques d’un côté comme de l’autre.
        Relisez-moi s’il vous plait : pas besoin de mur pour créer une frontière (même si ce fantasme n’en est parfois pas un). Mettre en avant une différence est suffisant. Là où le bât blesse, c’est quand cette différence est à l’origine d’inégalité. Pourquoi un côté de la frontière serait mieux que l’autre ?
        Vous voyez une utopie dans mes propos ? L’espace Schengen est bien le résultat de la suppression des frontières en Europe, non ?

        Voici mon interprétation d’une frontière : pouvez-vous franchir une limite illégalement ? Fait-elle de vous un clandestin ? Si oui, c’est une frontière. Si non, c’est simplement… une limite. Administrative, folklorique, géographique ? Je m’en fous ! Elle me permet peut-être de savoir où je dois voter. Elle ne m’empêche pas d’aller assister au dépouillement d’un autre bureau de vote. Ces limites forment une structure, une architecture de l’espace commun. C’est cette partition dont je parle précédemment.

        Je persiste encore : la démocratie a besoin de limites. Pas besoin de frontière.

        • Jé, à toi de relire notre texte, car si nous avons pris la peine de redéfinir le mot « frontière » en fonction de sa réalité et non de son épistémè, ça n’est pas pour conjuguer stérilement du concept.

          Maintenant je perçois aussi que pour toi les murs des prisons n’ont pas besoin d’être incarnés pour être, et donc il semble que ta servitude te comble au point de refuser toute discussion sérieuse sur les paramètres d’une nouvelle démocratie, plus radicale… dommage !

          Tu t’estimes tel un « chien de garde » (je t’invite à relire Nizan pour distinguer le vrai du simulacre) ou tel un « gauchiste écervelé », ce n’est pas si grave, nous acceptons tout le monde dans notre « communauté », sans exception, même les clandestins (Notre maxime : « il n’y a pas d’innocents, soit on sauve personne, soit tout le monde »)… C’est d’ailleurs là où nous faisons toute la différence avec beaucoup d’entre vous, trop sectaires – la preuve par tes définitions et tes réflexions, non ?.

          Aussi à toi d’avoir un peu de courage et d’ouverture d’esprit, par delà les formatages de tes dictionnaires et de ton logiciel de « gauche » sclérosée – car oublieuse de ses fondamentaux (que tu pourras retrouver, si tu en as l’envie, sur notre site) -, le débat ne sera ainsi plus étouffé !

          • dit :


            J’ai relu, plusieurs fois. Je n’ai pas trouvé de définition de « frontière ». Oui, une redéfinition, à la rigueur, en fonction de votre conception de la réalité. Dans ce cas, moi je dis qu’une frontière, en fait c’est du cassoulet.


            On est d’accord sur ce point : les murs d’une prison sont bien une frontière !
            On fait quoi maintenant ?


            Je ne me sentais pas visé par ces insultes. Je notais juste qu’elles ne favorisaient pas le débat. Et donc le sectarisme dont vous me taxé est finalement bien de votre côté : vous acceptez peut-être tout le monde dans votre communauté, si tant est qu’il soit d’accord avec vous. La preuve par vos réponses. Je n’ai absolument pas la prétention d’imposer mes définitions : si vous voulez en discuter le contenu, je suis ouvert. En attendant, n’étant pas d’accord avec votre interprétation de « frontière » (deux villes ne sont pas séparées par une frontière), vous comprendrez que je ne peux pas être d’accord avec le postulat « pas de démocratie sans frontière ».


            Mon ouverture d’esprit m’a amené à lire votre article, à réagir dessus en apportant des éléments, définitions, point de vues, sans pour autant vous catégoriser. Je ne sais pas catégoriser, et vous non plus : je n’idolâtre absolument pas le « logiciel » de gauche (raté!) Et je vous trouve bien enclin à utiliser des termes vide de sens, tout comme les « citoyens du monde » autoproclamés. Je vous rejoins d’ailleurs là-dessus : on ne peut pas être citoyen du monde.
            Le dictionnaire aurait le mérite de mettre d’accord sur un mot, afin d’éviter de nous éviscérer pour des idées que nous partageons peut-être.

            Il est dommage que vous n’ayez répondu à mes idées autrement que par un catalogage. Les autres sont donc des cons ? Je cite : »… nous faisons toute la différence avec beaucoup d’entre vous, trop sectaires ». Nous, vous ? Où est le sectarisme ? Je ne suis pas un gauchiste sclérosée venu écraser du (<- mettez votre catégorie ici anar/facho/coco/sarkozo/socialo/catho/boulanger). J'ai trouvé sur un site une réflexion intéressante sur les frontières hélas polluée par un mépris, une condescendance écœurante envers ceux qui ne pensent pas pareil. J'ai voulu y répondre en tant qu'individu. Mais… le débat ne peut pas être étouffé : il n'existe pas.

  • Cédric dit :

    Jé, en effet notre débat est franchement stérile, ce qui est vraiment regrettable. Et il est vrai que je réponds à ton commentaire avec trop d’empressement (je n’avais que quelques minutes pour le rédiger sinon je ratais un train). J’ai utilisé de grosses ficelles pour ne pas consentir trop superficiellement à la véracité de certaines de tes remarques plus posées.

    Mais ici, nous réfléchissons sur du concret, et jouer sur les mots n’est pas vraiment notre fort. J’ai publié d’ailleurs un article sur le sujet il y a peu (« Des mots pour subjuguer ») et le texte ci-dessus en est son corollaire.

    J’aurais pu disserter avec toi sur les définitions officielles du mot mais quel intérêt ? Nous ne sommes pas un site de linguistique. Nous avons pris le temps de redéfinir le mot pour émettre une réflexion originale sur les bases d’un contrat démocratique, voilà pour l’essentiel.
    Tu t’en es tenu à une vision plus poétique et littérale en utilisant des mots comme « patition » ou « limite », pour ensuite mieux disserter sur le pourquoi et le comment d’une loi en corrélation avec ce que représente – pour toi – cette partition ou cette limite. Soit ! Mais tu comprends bien, encore une fois, que nous nous écartons, l’air de rien, du sujet majeur de l’article présentant la délimitation d’un territoire comme la condition de possibilité d’un espace démocratique.

    Enfin ton entrée en matière stigmatisant notre ton insultant et notre refus du débat par son étouffement, m’a mis aussi sur la défensive. J’ai une autre conception de la politesse et du dialogue, et à celui qui me parle avec un couteau – aussi petit soit-il -, je réponds avec un couteau. Nous publions tous les commentaires et nous tâchons d’y répondre le plus justement possible. Nous reconnaissons beaucoup de torts, mais chacun doit savoir distinguer ses propres failles, sinon il n’ y a pas d’issue à la conversation…
    Nous pensons que le débat est le nerf de toute véritable démocratie. Mais parfois les hommes préfèrent se quereller pour quelques orgueils indigestes, et dans ces cas là ça capote forcément, comme ici avec toi et moi. Dommage.

  • io dit :

    Bonjour!

    A partir de et jusqu’à quand la démocratie est elle possible?

    J’ai du mal a saisir le concept présenté. Bien entendu je comprend qu’il est plus facile de tomber d’accord à 3 personnes qu’à 7 milliards mais pour la frontière je ne vois pas.

    Si de chaque coté de la frontière nous tombons d’accord, disparait elle?
    Et dans un délire utopiste extrème, si nous tombions d’accord tout les 7 milliards, la frontiere ne serait elle pas des lors la simple limite technique de l’arrachement à la gravité?

    Il me semble (mais c’est peut etre hors sujet) que les problemes n’ont rien de géographique. Durant ma courte vie, tout les problemes non materiels que j’ai observé etaient sans exception lié à un probleme de pouvoir. En limitant celui ci, qu’est ce qui empèche la democratie de s’etendre en nombre de participant autant qu’en surface geographique?

    Ou voulez vous dire alors que, par exemple, comme l’agriculture en Patagonie et en France n’ont rien a voir en commun, les décisions démocratiques devrais etre limité (frontière) à leurs zones d’actions?
    Ou encore, que les agriculteurs d’une zone precise (frontiere geographique) n’ont pas lieu d’attendre l’avis des non-agriculteurs pour decider des meilleurs demarches à entreprendre (frontière technique/savoir faire)?

    Alors pourrais ont par exemple décider démocratiquement à 7 milliards de ce qu’on veux faire des baleines, laissez decider l’agriculteur du nord de la patagonie de comment il veux gerer ses plantations, décider à 500millions d’europeens si nous acceptons de vivre a coté de reacteurs nucleaires, décider à 400 dans mon village si nous voulons utiliser la force de l’eau pour en tirer de l’energie (ce que nous interdit l’etat au passage) etc.
    De sorte de finir par former une rosace de frontieres entrelacées?

    Ou si c’est exclusivement local, n’y a t’il pas des choses dont « l’autre », en dehors de la frontière, devrais avoir son mot a dire? (tout betement le nuage radioactif ne s’arrete pas à la frontiere, lui).

    • Io, tu apportes dans ton commentaire les réponses à tes questions, relis toi !
      Sinon, il y avait ce paragraphe qui résumait assez clairement notre vision des choses :
      « Pénétrer l’enceinte bornée, c’est être concerné par ce qui s’y passe. Les règles du lieu de vie, qu’il soit temporaire ou définitif, sont établies dans un intérêt commun à tous. Franchir la frontière, c’est signer le contrat démocratique, partager le pouvoir avec les autres. »

      La question n’est pas de savoir si en tombant d’accord les uns avec les autres on incarne alors une démocratie, mais comment tomber d’accord avec les autres ?
      En forçant, en manipulant l’opinion ; en votant ? Tu connais la réponse.
      Aussi nous tentons de réfléchir à des paramètres concrets établissant les premiers termes d’un contrat démocratique. Voilà tout.

      • Seropram dit :

        Tout d’abord, merci pour cet article qui a le mérite de questionner le statut politiquement incorrect du terme ‘frontière’

        De mon côté, je voudrais vous proposer de revenir sur cette phrase qui est censée synthétiser votre vision des choses, elle mérite à mon avis d’être retravaillée :
        « Pénétrer l’enceinte bornée, c’est être concerné par ce qui s’y passe. Les règles du lieu de vie, qu’il soit temporaire ou définitif, sont établies dans un intérêt commun à tous. Franchir la frontière, c’est signer le contrat démocratique, partager le pouvoir avec les autres. »

        -> « Les règles du lieu de vie sont établies dans un intérêt commun à tous » relève du fantasme : l’intérêt commun n’est pas une réalité matérielle, c’est une perception, un jugement. Et généralement c’est le dominant qui fini par imposer ses règles en faisant croire qu’elles relèvent de « l’intérêt commun ». Il parait beaucoup plus dans l’esprit démocratique de reconnaître que les intérêts de chacun sont divergents mais que ces divergences n’empêchent pas une communauté de s’accorder sur un ensemble de règles qui ne favorisent pas exclusivement l’un ou l’autre de ses membres.

        -> « Franchir la frontière c’est signer le contrat démocratique » : si le but est d’établir les prémices d’une démocratie viable alors il me semble que ce principe doit être justifié comme absolument nécessaire, car il paraîtrait plus logique, en premier intention, que ce soit la communauté démocratique qui décide des modalités d’intégration à celle-ci, plutôt que d’imposer une règle -constituante- sans justification précise. Dans le cas où ce principe serait en effet absolument nécessaire à la viabilité d’une démocratie, il resterait encore la question de la capacité effective d’un « migrant » à respecter -sans délai- des règles qu’il ne connait peut-être pas encore. Dans une certaine mesure, on peut également se poser la question si « signer un contrat démocratique » ne devrait pas être -matériellement- signer un contrat démocratique, car le principe d’une signature c’est de s’engager en connaissance de cause, ce qui est résolument différent de franchir une limite potentiellement immatérielle telle qu’une frontière.

        -> « partager le pouvoir avec les autres » : si le but est d’aller vers une démocratie réelle, il me semble que cette formule est à proscrire… car dans une démocratie chacun se contente d’exercer son simple pouvoir individuel au sein de la communauté. Partager le pouvoir sous-entend vaguement qu’on le possède mais qu’on accepte d’en donner une partie, et dire « le » pouvoir c’est le faire entier (alors que le but est de LES séparer [sur une base individuelle dans une démocratie, à priori]). Utiliser le vocabulaire de l’oligarchie me paraît maladroit si on souhaite faire évoluer les idées et les représentations politiques.

        Si vous avez une page qui recense les premiers articles constituant une démocratie radicale je serais ravi d’y jeter un coup d’oeil.
        Merci,

        Seropram

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