De l’Empire (partie 4 : Françafrique)

De l’Empire (partie 4 : Françafrique)

le 27 juin, 2013 dans Afrique, Inter-national par

L’empire mondial semble apolitique du fait de ses prérogatives économico-financières, et géopolitiquement américano-centrée de par sa puissance militaire. Mais dans ce projet de domination, qu’en est-il de notre France, « patrie des Droits de l’Homme », de sa mission universelle et de son indépendance stratégique ?

A l’ère Sarkozy la question ne se posait pas : notre pays fut un caniche de luxe pour l’administration Obama : il faut voir comment il a mordu le molosse Kadhafi pour affirmer sa vassalité.

Auparavant, la participation à l’empire était plus complexe : suite à la Seconde Guerre Mondiale, l’Etat français a tenté d’assurer sa place au niveau international protégeant la francophonie sur les terres africaines pour contrer l’hégémonie grandissante de la culture anglo-saxonne dans le monde. Il crée alors une sphère d’influence en Afrique noire avec de nombreux Présidents et dictateurs d’anciennes colonies mis en place et protégés par une nébuleuse d’acteurs économiques, politiques et militaires organisée en réseaux. N’hésitez pas à lire et relire François-Xavier Verschave qui a fait table rase des réseaux Foccart, Pasqua ou Mitterrand et rétabli la vérité quant à la mise en place des régimes de Bongo au Gabon, Eyadema au Togo, Biya au Cameroun, Sassou-Nguesso au Congo, Compaoré au Burkina Faso et Deby au Tchad.

De la sorte, la France conserva sur ces terres riches, où est entretenue la misère, un accès privilégié aux matières premières généreuses. Elle détourna aussi d’autant plus facilement l’Aide Publique au Développement au profit des grands partis ou dirigeants politiques français et africains. Cette néo colonisation mafieuse a favorisé la domination économique d’entreprises françaises comme Elf, Areva ou Bouygues par un pillage réglementaire et systématique

Quatorze pays privés de souveraineté monétaire

Et d’ailleurs c’est toujours le même «fascisme» financier qui, en pleine crise de la dette et de l’euro, n’hésite pas à maintenir l’un des principaux mécanismes institutionnels de cette Françafrique : le contrôle monétaire par le franc CFA (Franc des Colonies Françaises devenu le Franc de Coopération Financière Africaine ou de Communauté Financière Africaine selon les pays concernés). Et celui qui contrôle la monnaie, contrôle l’économie et donc détient le pouvoir.

Depuis plus de cinquante ans, les décisions de politique monétaire dépendent de l’accord de l’ancien colonisateur. Soit quatorze pays africains (Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Côte d’Ivoire, Gabon, Guinée-Bissau et équatoriale, Mali, Niger, République du Congo, République centrafricaine, Sénégal, Tchad, Togo) n’ayant aucune souveraineté monétaire.

Qui pour crier au scandale ? L’affaire est si énorme qu’elle ne semble indigner plus personne… Pas une ligne dans tous les journaux ! Et pourtant il y aurait de quoi faire  une quinzaine de révolutions !

A la base, le franc CFA fut instauré comme monnaie convertible pour faciliter les transactions dans l’ensemble des colonies de la zone franc. La parité fut fixée à partir de 1948 : 100 francs CFA équivalaient alors à 2 francs français. Le tout dans un esprit de coopération pour mieux aider les Etats nouvellement indépendants à gérer leur monnaie. C’est, en tout cas, ce qui est écrit dans les livres, car à regarder concrètement, l’histoire témoigne plutôt d’une dépendance des Etats de la zone CFA avec la France que d’une coopération.

Extorsion légitime

Avant 1973, l’intégralité des recettes – ou devises –  des ventes extérieures de tous les pays de la zone CFA était centralisée –donc déposée – dans des comptes d’opération en France, autrement dit au Trésor Public français. Après 1973, seulement 65 % de ces recettes sont confisqués par l’Etat français. Enfin, depuis 2005, 50 % de ces capitaux sont réquisitionnés.

Oui, oui, vous avez bien compris, encore aujourd’hui donc, la moitié des réserves  de changes de 14 pays africains reposent sur un compte d’opérations au Trésor Public français ! Véritable spoliation donc de la part de l’Etat français, ce qui oblige une grande partie de l’Afrique à s’endetter toujours plus à travers le monde via, par exemple, le FMI ou la Banque Mondiale ! Et bien sûr toujours au nom de la convertibilité censée faciliter les transactions…

Objectivement, l’austérité n’a pu que s’accroître sur un continent qui est le dernier à en avoir besoin. Une spoliation doublée d’une dette, rien de tel pour contraindre les Etats ciblés à réduire encore et toujours les dépenses publiques : éducation, santé, subvention des denrées de première nécessité… Quand on sait qu’aujourd’hui la principale nature de l’action politique en Afrique est d’ordre sociale, on peut percevoir l’étendue des dégâts… criminels.

Avec l’Afrique, on n’est jamais déçu, quand on cherche pire, on le trouve : début 1994, dans l’ère Mitterrand-Balladur, sous la pression de la communauté internationale – l’Empire donc -, le franc CFA est dévalué de 50 % (donc 100 francs CFA vaut alors 1 franc français). Soit disant pour rendre l’économie africaine encore plus compétitive et maintenir l’unité de la zone franc, histoire d’être toujours en règle avec le… FMI et la Banque Mondiale !

Mais qu’est ce qu’un ajustement monétaire pour une économie sous-développée ?

Une dévaluation de 50 % c’est la garantie d’une dette publique qui va être doublée (Déjà que, souvenez-vous, la moitié des devises vont directement dans le coffre du Trésor français). C’est aussi des importations plus chères (sachant que ces pays importaient avant tout des matériaux de construction, on comprend mieux la multiplication alors des logements précaires en bois par exemple). C’est enfin la fermeture des petites et moyennes entreprisesBref, c’est la garantie du niveau de vie de la population qui ne cesse de régresser. Mais c’est toujours pareil avec les économistes : le sacrifice du présent est nécessaire au bonheur futur… Ce sont les chiffres qui le disent !

Pour clore le dossier, il faut rappeler que depuis le début, 1948 donc, le gouvernement français contrôle la BCEAO (Banque centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest) et la BEAC (Banque des Etats d’Afrique Centrale), par son droit de vote déterminant et surtout son droit de véto quant aux orientations monétaires prises.

Tant que le franc CFA restera indexé sur l’euro via le Trésor français, la sujétion coloniale de l’Afrique n’est pas prête de s’achever. Autrement dit dès que la France tousse, c’est la pneumonie assurée pour l’Afrique…

Et Hollande dans tout ça ?

Il y a huit mois notre chef de l’Etat aurait dit sa foi en l’avenir économique du continent. C’est ainsi qu’il voit se tourner la page de la Françafrique, pardi !
Mais vous l’aurez compris, notre cher président, en digne héritier de Mitterrand et Chirac, agira de manière sournoise mais très efficace. Et tout se passera sans que personne ne s’indigne… Regardez pour le Mali actuellement !
C’est que le Sarkozy nous avait habitué à autre chose, avec sa façon à l’américaine, assumée, franche : on envoie l’armée, on bombarde, on fait sauter les verrous et les résistancesCôte d’Ivoire, Libye… Vous avez déjà oublié ?

 

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6 Commentaries

  • Fonctionnaireetfièredel'être dit :

    Ah la bonne vieille époque des mallettes!!!! Merci d’avoir attisé ma curiosité je vais faire des recherches sur le FCFA

  • Soninke39 dit :

    I agree that all these countries are still under the domination of France. No comment on the fact that financially West African countries are under control by the big French Empire. However Iam asking myself a question: WHY?

    Why do we always say France is controlling west Africa?, or colonization is not over we have only changed the name to globalization? We need to tackle the issue at the source and look closer, by this I mean that It is good attacking Sarkozy but if we Africans do not do anything to save ourselves how can we obtain change or revolution? For instance, if people in Burkina Faso do not see any inconvenience to the way their country is leaded you will not be of help to them, they will not even understand what you are talking about. The majority in real life are more concerned by poverty, politics arrive only in 2nd or 3rd place. The first persons to blame here are not Europeans, but African Presidents of the countries listed above, because they are ready to sell their country without thinking of their own population greed is their main concerns. They care only about themselves and not their people.
    Former Libyan President before dying have done a lot of work for Africans however, at the last minute when European and Americans were tracking him no one had the courage to help him.
    The real question here is Why our presidents are so AFRAID of France and United state? If they had half of the courage of Thomas Sankara we would not be where we are today, dying of hunger when the soil of Africa have so much to give.
    Just to say a word about your article de Lempire partie 4. Thomas Sankara was against Franceafrique not against voting. Also I do not think that telling people not to vote will resolve the issue. Voting is a duty, a right it is a way to express yourself and who better than Thomas SANKARA gave the right to people to express themselves. His ideology was to help people from burkina faso to achieve Independence by producing everything we needed ourselves and by doing what was right for HIS country not for FRANCE. That is why they have killed him. Also it is not fair to say that Blaise compaore killed him, rectification FranceAfrique did!

    • « Le bulletin de vote et un appareil électoral ne signifient pas, par eux-mêmes, qu’il existe une démocratie. Ceux qui organisent des élections de temps à autre et ne se préoccupent du peuple qu’avant chaque acte électoral, n’ont pas un système réellement démocratique. Au contraire, là où le peuple peut dire chaque jour ce qu’il pense, il existe une véritable démocratie car il faut alors que chaque jour l’on mérite sa confiance. On ne peut concevoir la démocratie sans que le pouvoir, sous toutes ses formes, soit remis entre les mains du peuple, le pouvoir économique, militaire, politique, le pouvoir social et culturel. »
      Thomas Sankara

  • fonctionaireetfieredeletre dit :

    Nice article soninke 39, you talked about many important subjects but I’ll focus on 2 things (in French because my English is not good as your)
    Tu dis qu’il faut d’abord s’en prendre aux dirigeants africains tu as raison, cela fonctionnerais peut être s’ils n’étaient pas les instruments de l’empire occidental. Il n’y a qu’à voir les premiers présidents « démocratiquement élus » des pays de l’afrique de l’ouest, tous ou presque étudiants français ; de temps en temps revendiquant leur négritude histoire de se démarquer, tout en signant où on leur dit de le faire et acceptant de brader les richesses de leur chère patrie à l’ancien colonisateur. Ils sont affiliés aux partis politiques français et parfois même deviennent franc maçon histoire de bien appartenir au réseau. Ces 1er présidents comme les autres font partie d’un réseau, ils sont piégés et comme pour tout réseau, si l’on veut le démanteler il faut en couper la tête, dans notre cas la tête se trouve bizarrement en France. Donc oui il faut s’en prendre aux dirrigeants africains mais cela restera inefficace à long terme si l’on occulte la responsabilité française.
    Concernant l’intérêt du peuple pour le fait politique, je pense que l’on peut faire un parallèle entre les français et les africains : en afrique la pauvreté est au 1er plan , en france c’est le pouvoir d’achat. Dans les 2 cas, la tactique des dirigeants est de maintenir le peuple dans l’ignorance, cela permet de faire croire aux citoyens libres et égaux en droits un bon nombre d’inepties. Les médias servent d’école de la politique pour ceux qui ne se souviennent pas de leur cours d’éducation civique et la rumeur devient une source digne de confiance (il n’y a qu’à voir au Mali, il parait qu’on a intercepté un appel d’ATT qui explique à un toureg que le plan fonctionne et qu’ils peuvent annexer le nord sans risque).
    Si l’on veut que le peuple devienne acteur et que le vote retrouve tout son sens il faut éduquer les citoyens dès leur plus jeune âge. Faire comprendre que la représentation ne veut pas dire « carte blanche les mecs, vous pouvez piller tranquillement il n’y aura pas de compte à rendre ». La politique c’est comme la peinture, pour s’y intéresser il faut y être sensibilisé

  • enebre dit :

    La complexité monétaire et législative actuel, n’est elle pas issue d’une volonté de pouvoir et forgée par les intrigues et autres subterfuges pour vaincre le cours naturel des marchés et l’épanouissement des nouvelles sociétés, les riches en place n’ont-ils pas établis un monde avec des règles qui va tous nous amener dans une impasse, par des refus de coopérations et par les répressions qui en suivront.

    Déjà Obama à donné le ton en menaçant la France de répression si les accord US sur les marchés n’étaient pas acceptés.
    Comme l’explique bien le « fonctionnaire » ce sont les grosses têtes qu’il nous faut évincer si l’on veut revenir à des échanges commerciaux plus sain, l’idée de s’attaquer au menu fretin ne serait que perte de temps et d’énergie.

  • Jérémy dit :

    Kadhafi fut l’ami de Chirac, de Pasqua et de Mitterrand, et surtout des différents courants politiques français qu’il s’amusait à financer pour parfaire sa corruption généralisée. Le dictateur a d’ailleurs déclaré, bien après avoir organisé le 772 UTA, et juste après l’élection de Chirac : « Nous ouvrons une nouvelle page dans nos relations avec l’Occident », ce qu’il fit, en passant de juteux contrats avec nos chères entreprises françafricaines, dont certaines ont trempé dans divers massacres (Elf en Angola, Secrets et ses armes au GIR, pour ne citer qu’eux…).
    Je pense qu’il ne faut pas considérer Kadhafi comme un résistant, à la vue des centaines de personnes qu’il a assassinées, mais plutôt comme un entrave au bon déroulement du pillage de l’Afrique par nos entreprises.
    C’est la même erreur que l’on voit très souvent chez les partisans de Gbagbo. Sous couvert d’une contestation (légitime) d’une dictature françafricaine, il glorifie Gbagbo comme un résistant, un honnête homme, et l’incarnation parfaite de l’anti-impérialisme. C’est pourtant avoir la mémoire courte, car dès sa prise de pouvoir, il y a maintenant 13 ans, il a appelé aux massacres de toutes les personnes ne correspondant pas au concept raciste d’Ivoirité. C’est ainsi que l’on a vu des gosses aspergés d’essences avec leurs pères, pour satisfaire les jeux politiques de cette ordure.

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