Dans la série des crimes oligarchiques : le Paraguay

Dans la série des crimes oligarchiques : le Paraguay

le 03 octobre, 2014 dans Inter-national par

Il était une fois un pays pauvre, enclavé et corrompu, un bout de terre perdu quelque part en Amérique latine, dont nul ne parle jamais… Pourtant, il y a 150 ans, le Paraguay était l’état le plus développé de la région…

Seule la destitution abusive du président Lugo le 25 juin 2012, a remis le Paraguay sous les feux de l’actualité. Cet élu du peuple n’appartenant pas au sérail, il ne put résister longtemps aux cabales des politicards et ploutocrates locaux. N’ayant pu se défendre dans une affaire dont lui imputa toute la responsabilité – une occupation de terres par des paysans – il fut remplacé en 48 heures par le dénommé Federico Franco (oui Franco comme le Caudillo !), PDG d’une entreprise de pesticides. Un opportuniste conforme aux attentes de l’oligarchie et qui n’osera pas la froisser en lançant une juste réforme agraire

Mais hormis cet épisode récent, que s’est-il passé pour que cette nation tombe de Charybde en Scylla ?

Nous savons empiriquement que si la machine oligarchique menace, tôt ou tard les nations indépendantes trépassent. Au début du XIXème siècle, le pays était tenu d’une main de fer par des dictateurs n’offrant pas de libertés politiques mais développant alphabétisation et infrastructures, et donnant des terres à cultiver aux paysans. Le Paraguay vivait en autarcie, puissant et indépendant. Son économie florissante ne devait rien à personne et surtout pas à l’oligarchie : pas de dettes, une politique protectionniste et rien pour les compagnies d’affrètement et d’assurances anglaises. De quoi rendre fou ceux qui s’enrichissent en exploitant !

Ce qui devait arriver arriva. Les deux grands pays frontaliers, Brésil et Argentine, commencèrent des manœuvres d’encerclement et  préparèrent la  guerre en usant et abusant de propagande. Les futurs vainqueurs se liguèrent pour partager à l’avance les dépouilles du futur pays vaincu. Sentant le danger arriver, l’orgueilleux paraguayen Francisco Solano Lopez ne tarda pas à leur déclarer la guerre.

Ainsi commença en 1865 « la guerre de la triple alliance » conduite par le Brésil, l’Argentine et l’Uruguay.

Un conflit soutenu par l’Empire Britannique (Le ministre Edward Thornton) et financé par les Banques Rothschild et Baring. Hommes, femmes et même enfants se battirent dans un conflit d’une violence dantesque. Les conséquences de la guerre furent terrifiantes pour le pays – qui perdit plus de la moitié de sa population et une grosse partie de son territoire (l’ouest pour le Brésil et le Chaco pour l’Argentine) – mais juteuses pour l’oligarchie financière.

Tout fut pillé et vendu. Il n’y eu plus de tarifs douaniers, de fonderies, d’industries nationales de textile et on interdit les fleuves au commerce étranger. Pire, le Paraguay bascula dans la spirale de l’endettement, tout comme les vainqueurs ruinés par 5 ans de guerre.

Le pays ne s’est jamais vraiment relevé de cette guerre. Quant au peuple, de dictatures oligarchiques en oligarchies dictatoriales, il est toujours perdant…

Quelques années plus tard, le Brésil porta à la tête du Paraguay Bernardino Caballero, un militaire élevé au grade de général par l’armée brésilienne et dont la première mission fut de payer les dettes contractées par le pays auprès des banques étrangères. Les terres devinrent une monnaie d’échange. Une poignée de ploutocrates s’emparèrent de 5 à 6 millions d’hectares de terres, certains à des fins spéculatives et d’autres en vue d’exploiter les immenses forêts de yerba maté et de quebrachos.

En 1887 naquit le parti libéral « Colorado », qui gouverna jusqu’en 1904, puis de 1946 à 2008 sans interruption. De 1946 à 1962, il était même le seul parti autorisé. De 1954 à 1989, un dictateur cruel et inutile, soutenu par le Colorado, Alfredo Stroessner, dirigea le pays sans aucune ouverture politique, poursuivant toute dissidence. Il participa à « l’opération condor », une campagne d’assassinats dans laquelle furent impliqués les services secrets de toutes les dictatures d’Amérique du Sud, avec l’appui de la CIA. Pour maintenir son pouvoir. Il favorisa les riches brésiliens qui collaboraient avec sa dictature militaire. Ceux-ci s’approprièrent les terres arables du pays.

Il laissa son pays dans l’ignorance, les services publics à l’abandon et les vautours dépecer le pays. Tombé en disgrâce, les USA favorisèrent un coup d’état pour le destituer en 1989, mais le richissime Stroessner mourut en 2006 chez ses amis Brésiliens sans répondre de ses crimes. Le Brésil, reconnaissant, ayant toujours refusé son extradition

Le démantèlement du pays s’intensifia au cours des soixante années de pouvoir absolu du parti Colorado.

Ce pillage se solda par l’occupation illégale de 12 millions d’hectares, toujours d’actualité. Selon un rapport publié en 1994 par la commission Vérité et Justice, créée après la chute de la dictature en 1989, 8 millions d’hectares raflés par des dignitaires du régime profitaient à leurs héritiers, qui jouissent encore aujourd’hui d’immenses fortunes.

Depuis le pays est toujours confronté à une répartition inique des terres arables, aujourd’hui 1 % de la population en contrôle 77 % (pire que les békés aux Antilles !) et 300 000 familles vivent sans terre. Des occupations de terre se produisent près de la frontière brésilienne où se cultive le soja. Les paysans luttant avec acharnement pour survivre. Les grands producteurs de soja, les éleveurs de bétail, les porte-paroles locaux soumis aux Géants de l’agroalimentaire, que les médias complices appellent les carperos (de carpa, qui veut dire tente) se font traiter de squatters, de sauvages, de partisans d’Hugo Chavez… On les qualifie même d’assassins, alors que ce sont eux qui se font tuer.

Ce conflit dont nul ne connait l’issue, montre que lorsque la politique se lie aux intérêts financiers et que l’oligarchie prend les rênes du pouvoir, le peuple est l’éternel sacrifié. Espérons que le combat de ces paysans porte un jour ses fruits : Hasta la victoria siempre !

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