Conquête et abandon d’une souveraineté artistique

Conquête et abandon d’une souveraineté artistique

le 09 février, 2015 dans illusion artistique et sportive par

« Le suffrage universel ne me fait pas peur, les gens voteront comme on leur dira » disait  Alexis de Tocqueville. Je poursuivrai par : l’art contemporain n’est pas à craindre, les gens aimeront comme on leur dira.

1917, irruption d’un urinoir dans un musée. La malice et la provocation de Marcel Duchamp paieront, cet objet est désormais élevé au rang d’art car marqué du sceau de l’institution. Duchamp en avant-gardiste inspiré révolutionne alors les mondes de l’art. Un bouleversement sans précédents qui marqua les jugements esthétiques, et la création contemporaine. Désormais c’est le « regardeur qui fait l’œuvre ».

Symptomatique, ce coup d’état artistique conteste le conformisme esthétique de son époque. Mais depuis, toute critique radicale est reléguée au banc des archaïsmes et autres nostalgies réactionnaires ! Mettant alors hors-jeu tout jugement esthétique. Trop souvent réduit à celui de goût, il demeure pourtant nécessaire afin de reconnaître ce qui « fait » œuvre.

Ce qui était une provocation pertinente de l’époque, quand à la forme, ne cesse pourtant d’alimenter la création d’aujourd’hui. L’anti-conformisme d’alors s’est mû en conformisme d’aujourd’hui. La subversion prend un coup de vieux et sent le réchauffé. Désormais l’absence de contraintes formelles vaudra pour liberté absolue du créateur. Sur les cimaises, les « dîtes » oeuvres  rivalisent de singularités déroutantes, empêchant souvent  une compréhension immédiate du message (lorsqu’il y en a un !). Mais pour qu’une oeuvre soit d’art ne faut-il pas fatalement que ses codes et qualités puissent être saisis par le commun des mortels ? Qu’elle relie l’intime à l’universel ?

Subversion et illusion

En relativisant tout jugement esthétique, nous laissons aux experts et aux institutions le soin de décider eux-mêmes de ce qui fera « oeuvre ». Le spectateur désormais privé d’outils critiques sera prié de s’en remettre à lui-même , il est alors « libre » de prendre des vessies pour des lanternes. Tout est possible lorsqu’il devient interdit de juger !

Promotion sera donc faîte à celui, qui installant une distance avec le public,  prouvera qu’il est libéré de tout carcan idéologique. Les institutions, sont alors bien soucieuses d’exhiber « une expression libre« , attribut indispensable à toute vitrine sociale et démocrate. Les subversions de façade valideront ainsi à elles seules la liberté d’expression, dans ce qu’elle a de plus inoffensif. Mettre en scène plutôt que de faire vivre la démocratie de manière effective, voilà un dessein qui mérite bien des subventions !

Pourtant l’art contemporain, est avant-gardiste par définition. Il devrait contester, révéler les travers et les abus, tel le baromètre esthétique d’une société dont le peuple serait souverain. Que penser alors des « prises de risque » artistiques subventionnées ? Dénoncent-elles quelques abus de pouvoir, lorsqu’ il s’agit de plonger le Christ dans de la pisse, ou d’ériger un plug anal géant en guise de sapin de noël ? Au pire elles choquent la ménagère, au mieux elle suscite l’indignation des sensibilités attaquées. Arguant au passage l’indétrônable liberté d’expression, comme preuve et garante de notre souveraineté !

Mais il semblerait surtout qu’il ne reste plus grand-chose à enfreindre restant politiquement correct

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4 Commentaries

  • Englou dit :

    Je souligne que l’art « contemporain » a une fonction universelle de contestation, quelque soit l’époque concernée. Contestation des règles, des normes, de la morale, du système… On ne voit plus ça dans l’art « télévisé ». On ne l’a jamais vu.
    Joli article !

  • queteur dit :

    Génial !!
    Je me susi toujours demandé qui décidait finalement qu’une oeuvre d’art en était une …

    Et puis, moi, en regardant cette oeuvre et qu’elle ne me plaise pas et que je la trouve vraiment du n’importe quoi, mon appréciation serait-elle due à mon manque de gout ou alors parceque je n’ai pas su déchiffrer ce langage complexe avec lequel l’art s’exprime …?

    • Christine dit :

      Personne peut décider à la place de l’auteur – des auteurs du statut de sa leur production. Lui seul – eux seuls sait – savent.

      Et chaque spectateur essayera de construire son propre avis…

      Langage complexe ? A chaque regardeur son bagage, son vécu, son interprétation.
      Et il n’y a pas un « langage » mais des « langages ».

      Regarder, observer une oeuvre d’art ne se réduit pas à l’utilisation de savoirs, connaissances rationnels, de théorie, d’histoire de l’art… mais aussi avec l’instinct, l’expérience sensorielle…

  • roblins24 dit :

    Pourquoi un si long texte alors qu’une petite phrase aurai suffit: »l’art contemporain, c’est d’la merde. »(d’ailleur certaines œuvre en contiennent)

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