Colique citoyenne

Colique citoyenne

le 20 janvier, 2012 dans Démocratie, Journal d'un vaurien par

Samedi 31 décembre 2011, 11h04, je me réveille dans un demi sursaut citoyen, la mairie ferme à 12h00 précise, pas de rallonge chez les fonctionnaires, l’heure c’est l’heure vous savez! Comme d’habitude, c’est sous le diktat de la trotteuse que je me décide, agir c’est beaucoup dire, disons faire, j’attends d’être bien plein pour l’évacuer cette angoisse.. administrative, de soulager ma conscience citoyenne comme on va aux cabinets! Ils ont quand même fait la révolution mes aïeux! Coupés des têtes, et surtout celle du Roi et de la bru de la France, ils ont bien morflé tiens, maintenant on est libre de choisir, c’est nous qu’on a ce privilège, tous ensemble pour notre avenir. Hein!

J’appelle le secrétariat au cas ou, peut-être qu’il est trop tard, ça m’arrangerait, je pourrai dire que c’était pas de ma faute, que j’avais pas les papiers mais que j’ai fait la démarche. « Faut un justificatif de domicile monsieur, de moins de trois mois, et une pièce d’identité bien sûr!

_ Une fiche de paye à l’adresse ça fonctionne?

_ Non, une facture qu’il nous faut, Edf, téléphone, ou taxe d’habitation.»

Ok, je me dépêche, le téléphone c’est tout ce qu’il me reste, mais faut encore que j’aille en imprimer une de facture, et l’ordinateur c’est comme une « deux chevaux », faut qu’y se chauffe!

Ici c’est pas tout à fait chez moi, c’est chez ma mère, ça fait deux ans que j’en ai plus de chez moi, que mon nom n’apparaît presque plus nulle part, ça m’avait drôlement soulagé tout ça…

Bon, là c’est la course, j’ai de quoi prouver que j’existe à cette ville qui m’a vu grandir, et surtout que je paye! Le droit de vote c’est sérieux, faudrait pas que des miséreux se ramènent dans l’isoloir. De toute façon, qu’est-ce qu’ils en ont à foutre eux, ils y sont déjà dans l’isoloir, bien anonymes, et personne ne leur demande à quoi ils pensent; ça doit puer tout comme eux ce qu’ils ont dans la tête! Non faut être sérieux, on parle de démocratie tout de même, le droit de vote, c’est pas pour les pouilleux!

Sur ma bicyclette je fonce, jusqu’à la mairie plantée dans son parc présomptueux, érigée en hôtel de la République. « Bonjour monsieur, c’est pour vous inscrire?… »

11h55, c’est fait, à cinq minutes de l’ingratitude. C’est bien ça souvent qu’on dit des enfants mécontents, « des ingrats qui se rendent pas compte de leur chance, que sans leur bon père, ils n’en seraient pas là ces bons à rien. »

Dans notre belle patrie on a le droit de choisir le chef et sa petite famille, c’est pas donné à tout le monde quand même! C’est comme ça qu’on est fier, par dépit, on ronge un os sans moelle et on s’en rassasie, sous couvert d’universel, tu parles !… Glisser un bulletin dans l’urne c’est agir, déléguer sa conscience au plus offrant tous les cinq ans, en outre du petit commerce, moi je vous le dis, elle est belle la démocratie !

Yohan de Doncker

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