Code Noir et Lumières Blanches (partie 2)

Code Noir et Lumières Blanches (partie 2)

le 29 novembre, 2013 dans Afrique, Provoquer le débat par

Nous avions laissé nos amis philosophes sur les banquettes matelassées de leurs salons, et c’était très bien comme ça.

Les dames méditaient dans le boudoir, toutes seules… pendant que des négrillons portaient ici et là des chandeliers et des corbeilles de fruits exotiques. Chaque chose tenait sa place sous les lumières de ces riches demeures, même si bientôt, grâce à un sursaut de conscience de nos prestigieux salonards, une partie du mobilier allait enfin accéder à l’humanité ! Hé oui, ils l’avaient proclamé… en tout cas c’était en cours.

Bon, juste le temps d’en finir avec quelques tergiversations d’usage : « C’est quoi un nègre ? » ou encore « Qui est-il… si seulement il est ? »

C’est qu’il y en avait des philosophes à cette époque, et chacun avait son mot à dire ou sa petite thèse à écrire…

Voltaire, Buffon & Raynal

Commençons par le polygéniste Voltaire, qui révéla à quel point la nature a doté les « nations de différents degrés de génie ». C’est assez pratique comme vision du monde quand on s’enrichit grassement sur les terres indigènes… Ca justifierait presque toutes les exactions commises, par un droit naturel du supérieur sur l’inférieur. Un droit divin en quelque sorte…

Pour Buffon le naturaliste, mathématicien et  biologiste, c’était encore plus direct : l‘Homme est blanc par nature et il noircit par accident – ou par dégénérescence. Et c’est sous couvert d’autorité scientifique qu’il ira jusqu’à préciser que nos nègres d’Afrique sont « également éloignés du vrai et du bien ». On a du mal à voir en quoi la science peut justifier le « bien »… mais pour Buffon c’était limpide : il y a ceux touchés par la grâce, et il y a les autres…
L’abbé Raynal, opportuniste personnage, parlera lui de « dégénération ».

Montesquieu & Rousseau

Dans son monumental Esprit des Lois, Montesquieu s’éparpilla avec brio dans la description historique et géographique des pratiques esclavagistes – Chinois, Arabes, Hongrois, Espagnols, Indo-Américains, Russes, Grecs et Romains -, tout y passe, sauf évidemment le Code Noir… alors en vigueur !
Montesquieu, donc, n’ignorant rien des Lois de partout, ne semblait même pas savoir que le texte réglementant la pratique contemporaine de l’esclavage existait bel et bien dans son propre pays. Ce n’est pas pour rien que nous vous parlions de déni d’initié

De même l’illustre Rousseau, pourtant pourfendeur radical de toute forme d’asservissement, n’eut cure dans ses oeuvres du seul esclave au sens juridique du terme dont parle un code français de son temps. Ainsi comme Montesquieu, il pensait à autre chose, et ce n’était pas à l’Afrique, ni à la traite, et encore moins aux Antilles, lorsqu’il lançait sur l’esclavage son anathème… Mais il pensait, et c’était déjà beaucoup…

Boukman, Toussaint Louverture & Dessalines

Et pendant ce temps, si nécessaire à leur réflexion, d’autres agiront, arrachant de la sorte leur liberté… quitte à mourir : Boukman, Toussaint Louverture, Dessalines ne se sont pas posés de questions, ils s’affranchissaient. Seuls les esclaves demandent la permission !
Saint Domingue fut tout sauf une terre d’esclave… ils ont même instauré leur propre Constitution :

 Art. 3.– Il ne peut exister d’esclaves sur ce territoire, la servitude y est à jamais abolie. Tous les hommes y naissent, vivent et meurent libres et Français.

Art. 4.– Tout homme, quelle que soit sa couleur, y est admissible à tous les emplois.

Art. 5.– Il n’y existe d’autre distinction que celle des vertus et des talents, et d’autre supériorité que celle que la loi donne dans l’exercice d’une fonction publique. La loi y est la même pour tous, soit qu’elle punisse, soit qu’elle protège. »

Mais cette émancipation n’était pas au goût de tous : n’ayant pas été corrigé par nos révolutionnaires de salon, cette nouvelle Constitution fut alors jugée irrecevable, pour cause de procédure non respectée…
Souvenez-vous : nos sages éclairés sommèrent l’esclave noir de se banaliser au cours d’interminables moratoires, pour accéder enfin à la banlieue du droit, celle qui légitimera une fois pour toute son existence au sein de notre universelle humanité. L’Histoire fait bien les choses…

Négromachie

Ainsi, pour rappeler cette révolte négrillone à l’ordre – des Lumières -, De Noailles, qui avait tant fait pour l’abolition des privilèges lors de notre Révolution, élabora le plan radical « négromachie » : une chasse aux noirs retors avec chiens de guerre, du genre safari à mort avant l’heure !

Alors, nous sommes d’accord pour que le Noir devienne Homme, mais pas trop vite et à notre façon. Il ne faudrait surtout pas mettre de coté les perspectives de perfectibilité que comporte notre projet d’humanisation. Et d’ailleurs c’est cela sur quoi nous hésitons encore : ce noir, est-il perfectible par l’élevage ou bien par le droit ? Prenons le temps, soyons mesurés, il nous faut peser la question…

Rousseau nous avait prévenu : « L’Afrique entière et ses nombreux habitants, aussi singuliers par leur caractère que par leur couleur, sont encore à examiner ».

Il aura ainsi fallu 70 ans pour conclure que le Noir était un homme comme les autres. C’était alors le temps des colonies… celui où les puissances européennes et les Etats-Unis d’Amérique s’autorisaient à se partager l’Afrique sans se chamailler entre elles tout en condamnant la traite. C’était le temps où Victor Hugo disait :

« Au dix-neuvième siècle, le blanc a fait du noir un homme ; au vingtième siècle, l’Europe fera de l’Afrique un monde. »

28 Commentaries

  • Valdez dit :

    quelque chose qui m’étonne toujours, c’est comme si tous ces illustres penseurs, avaient complétement oublier, les papes et les saints(Valentin) de peaux noir, ou même Gaspard, comme si, fut une époque, réellement fraternelle entre les races et les peuples, oublier par les plus grands penseurs… une pensée pour tous les esclaves blancs, si peu présent actuellement dans la mémoire collective, ou pour ces indiens brésilien(pourtant reçu par le roi de france, en tant que frère et humain…) qui apres avoir été alliés, et mis sous tutelle esclavagiste, préféraient se laisser mourir… http://jsa.revues.org/index8773.html

  • Thomas dit :

    Des colonies africaines appartenant aux Etats Unis d’Amérique ? N’est ce pas justement parce qu’ils ne possédaient pas de colonies, pouvant alors remettre à moyen terme leur rôle de leader économique apparut après les destructions et désorganisations de la seconde guerre mondiale, qu’ils firent pression sur les empires européens pour la décolonisation ? A moins que vous pensiez au Liberia où des terres furent achetées pour permettre le retour volontaire d’anciens esclaves.
    Ceci dit l’on peut penser que les Etats Unis d’Amérique pratiquent effectivement une forme de colonisation (néo colonisation ?) par le biais de l’économie, de la finances et des réglementations internationales. Dans ce jeux là nos dirigeants pensaient pouvoir dealer à égal jusqu’à ce qu’on leur impose également des plans de sauvetages du FMI.

    (Que les financiers et les dirigeants se débrouillent de leurs affaires, travailleur de pays colonisateurs ou travailleur de pays (néo)colonisés nous sommes frères dans l’exploitation de notre travail. Nos intérêts ne sont pas leurs préoccupations, faisons table rase de leur système capitaliste, empirique, de leurs frontières absurdes, de ce qui nous dresse les uns contre les autres, et imposons les revendications qui nous unissent. Produisons, contrôlons, décidons. Pour nous et par nous.)

  • Sylvano dit :

    Ces deux textes de Dictacratie sont basés, sauf erreur de ma part, uniquement sur le livre de Sala Molins, qui est, comme tout professeur à la Sorbonne membre de l’Institution, susceptible d’être discuté et contesté. Personnellement je veux bien affiner ma connaissance des Lumières, mais pourquoi devrais je prendre pour parole d’Evangile le premier qui va me révéler que les grands penseurs ne sont en fait que de minables hypocrites, humanistes de salon, racistes et esclavagistes? Déjà cette prétention à se faire passer pour le grand déboulonneur des idoles, à coup d’anachronismes moralisateurs, de citations décontextualisées et de pseudo révélations dignes de la presse de caniveau, tout cela relève non pas d’une recherche universitaire digne et méthodique,et certes discutable, mais d’un boulot de flic et d’une fascination de Tschandala pour le rabaissement. Quelles sont les preuves que vous apportez? Trois citations prises à contre sens puisque hors de tout contexte et entendues avec la conscience et la sémantique d’aujourd’hui? Ce n’est pas sérieux, et c’est grave, car c’est du sabotage: nous les profs, qui avons déjà du mal à intéresser les élèves aux auteurs classiques et à leur expliquer leur modernité et leur vertu émancipatrice, il faut en plus que nous soyons emmerdés par des sophistes du genre d’Onfray, qui, sans aucune honnêteté intellectuelle viennent caresser dans le sens du poil un public paresseux qui ne demande qu’à être convaincu que tout ce qu’on apprend à l’Ecole est de la merde institutionnalisée et que les grands hommes qui lui font sentir sa médiocrité et pourraient l’inciter à « s’élever » ( fonction première de l’Ecole, comme l’indique le beau nom « d’élève », et non « jeune » ou « enfant », « adolescent » , et non apologie spontanéiste de la vie, cf ce crétin de Vaneigem) n’étaient en fait que de pauvres types dont les idées dégueulasses sont super faciles à comprendre. L’abolition de toute admiration est vraiment un sale boulot, un véritable sabotage, de même que le dénigrement inconsidéré de l’Ecole, seul lieu qui échappe encore au marché. Et ne me dites que j’idolâtre les grands auteurs et que je fais partie du système: ces auteurs je les ai lus, et je sais pourquoi je les admire, après des heures de travail et de passion. L’Ecole j’en suis l’acteur et je sais le travail de libération que j’accomplis, sans me draper des oripeaux du rebelle! C’est moi qui ai appris à certains la démocratie directe des Grecs et la critique rousseauiste de l’esclavage et de la représentation parlementaire etc etc. Et quand je préparais des Terminales à Science Po, je leur faisais non seulement Rousseau et Spinoza, mais aussi Lasch, Debord et Michea. Alors quand vous ou Onfray venez nous apprendre le contenu des auteurs que nous avons scrupuleusement lus et travaillés, et que vous nous parlez de « philosophes de salons » et d’une École au service du pouvoir, je commence vraiment à m’énerver car vous insultez à travers Montesquieu et cie mon travail et ma vie. Et en plus si vous pouvez le faire, c’est grâce à moi.

    MONTESQUIEU
    , De l’esclavage des Nègres

    Si j’avais à soutenir le droit que nous avons eu de rendre les nègres esclaves, voici ce que je dirais :

    Les peuples d’Europe ayant exterminé ceux de l’Amérique, ils ont dû mettre en esclavage ceux de l’Afrique, pour s’en servir à défricher tant de terres.

    Le sucre serait trop cher, si l’on ne faisait travailler la plante qui le produit par des esclaves.

    Ceux dont il s’agit sont noirs depuis les pieds jusqu’à la tête ; et ils ont le nez si écrasé, qu’il est presque impossible de les plaindre.

    On ne peut se mettre dans l’esprit que Dieu, qui est un être très sage, ait mis une âme, surtout une âme bonne, dans un corps tout noir.

    Il est si naturel de penser que c’est la couleur qui constitue l’essence de l’humanité, que les peuples d’Asie, qui font des eunuques, privent toujours les noirs du rapport qu’ils ont avec nous d’une manière plus marquée.

    On peut juger de la couleur de la peau par celle des cheveux, qui chez les Égyptiens, les meilleurs philosophes du monde, était d’une si grande conséquence, qu’ils faisaient mourir tous les hommes roux qui leur tombaient entre les mains.

    Une preuve que les nègres n’ont pas le sens commun, c’est qu’ils font plus de cas d’un collier de verre que de l’or, qui chez des nations policées, est d’une si grande conséquence.

    Il est impossible que nous supposions que ces gens-là soient des hommes, parce que, si nous les supposions des hommes, on commencerait à croire que nous ne sommes pas nous-mêmes chrétiens.

    Des petits esprits exagèrent trop l’injustice que l’on fait aux Africains : car, si elle était telle qu’ils le disent, ne serait-il pas venu dans la tête des princes d’Europe, qui font entre eux tant de conventions inutiles, d’en faire une générale en faveur de la miséricorde et de la pitié.

    • Raymond dit :

      Les princes d’Europe devraient donc faire, à propos de l’esclavage des Nègres , une convention « générale en faveur de la miséricorde et de la pitié ». Ainsi parle Montesquieu, dans De l’esprit des Lois, en conclusion du chapitre V ( le seul dont vous semblez vous souvenir) du Livre XV. »Miséricorde et pitié »: on s’attendrait à « justice », non? Et si vous lisiez la suite? Allez, « Chapitre XI. Ce que les lois doivent faire par rapport à l’esclavage.Mais de quelque nature que soit l’esclavage, il faut que les lois civiles cherchent à en ôter, d’un côté les abus, et de l’autre les dangers » Hein? « doivent faire »: il semblerait que le principe même de l’esclavage ne soit pas démoli. A preuve le charme infini du chapitre XVII, dont le titre tranche la question:  » Règlements à faire entre le maître et les esclaves ». « à faire »:nous sommes donc dans les propositions pour le présent et le futur, non dans les descriptions du passé. Titre éclairant d’un chapitre dont on retiendra cette perle: « Quand la loi permet au maître d’ôter la vie à son esclave, c’est un droit qu’il doit exercer comme juge, et non pas comme maître:il faut que la loi ordonne des formalités , qui ôtent le soupçon d’une action violente ». Allez, courage: et, plutôt que d’injurier ceux qui ont, tout simplement, lu, lisez à votre tour et raisonnez sereinement après lecture. C’est le moins qu’on puisse demander à un professeur de philosophie.

  • Sylvano dit :

    Exemple concret des effets possibles de vos pseudo démystifications :
    Dieudonné qui cite la phrase de Montesquieu sur l’âme dans un corps tout noir….au premier degré!
    Quand l’inculture rejoint la bêtise, le bon peuple s’esclaffe.

    • Alors Sylvano, encore une fois ton aliénation aux dogmes philosophiques finit par entacher sérieusement notre travail, qui ne se base pas que sur le livre de Sala-Mollins. Tu peux t’énerver, cela ne camouflera pas tes préjugés fortement éthnocentrés.
      Ce texte est essentiellement basé sur la lecture des DEUX livres de Sala Mollins (Code noir et Misères des Lumières), du livre de Tobner (Du racisme français), des deux livres de Plumelle-Uribe (La férocité blanche et Traite des blancs, traite des noirs), le « Toussaint Louverture » d’Aimé Césaire et biensûr le mythique Jacobins noirs de James. Si tu avais lu ces livres tu y aurais trouvé par exemple une analyse comparative du texte de Montesquieu doublée d’une analyse de l’ironie au XVIIIème siècle. Tiens, tiens !… Tu aurais alors compris que la catéchisme des Lumières n’était que de papier.
      Ton éloge des beaux discours insulte la bravoure déterminante d’un Boukman et d’un Toussaint Louverture.
      Il suffit de lire quelques lignes de Rousseau pour comprendre le ressentiment qui l’habitait. Aussi faut-il le lire vraiment. Non en chien de garde (http://diktacratie.com/les-chiens-de-garde/).

      Ici le consensus n’est pas permis.

      Tu peux donc continuer à lire autant que tu voudras Rousseau, Spinoza, Lasch ou Michéa à tes élèves, cela ne changera rien à l’affaire, l’eprit éthnocentré, paternaliste, et colonial qui sclérose nos attitudes ne disparaîtra pas pour autant… à l’écoute des beaux concepts destinés à calmer la libido de nos élites.

      C’est peut-être là qu’un spectacle de Dieudonné peut apporter l’amorce suffisante à cette ouverture d’esprit…aussi faut-il y aller et ne pas faire le perroquet des médias.

  • kelly dit :

    Mais alors, pour se faire un avis, faut-il fatalement passé par l’agreg d’histoire ou de philo? Evidemment, on en a pas tous le temps et l’envie, alors pourquoi se priver d’un Michel Onfray par exemple, qui offre une dimension pratique et presque profane à l’enseignement de la philosophie? Sans des propositions du genre, je pense bien que certains n’y auraient jamais touché à la philo. Et est-ce que ce n’est pas la démocratisation du savoir qui est gênante et le fait que des personnes « illégitimes » s’en saisissent? J’ai découvert il y a peu le « Maître ignorant » de Rancière. Sa démonstration est tout à fait recevable lorsqu’il dit que le maître (pris dans un sens générique) construit son discours sur les ignorances de ses élèves. Il ne pourra donc jamais les « élèver » puisqu’il maintiendra toujours l’écart de savoir qui les sépare, comme deux parallèles. Il est évident que des professeurs, il y en a de très bons, de ceux qui infléchissent sur votre parcours et vous émancipe. Mais il y a des chemins de traverse aussi qui valent sûrement autant voir mieux qu’un professeur, bien qu’il ne soit pas labellisé. « L’instruction est comme la liberté: cela ne se donne pas, cela se prend. » Joseph Jacotot.

  • Sylvano dit :

    Chère Kelly,
    Le problème n’est pas du tout d’être labellisé! Moi je prends des choses partout, et je ne juge pas quelqu’un à ses diplômes ( par ex Soral et Taddeï sont des sortes d’autodidactes), mais à la qualité intrinsèque de ce qu’il écrit, et à son honnêteté intellectuelle. Pour autant, le travail et les études ça n’est pas que du formatage! Et ça mérite d’être respecté, de même que l’exercice patient, scrupuleux et ingrat du métier de professeur.
    Or Onfray dit énormément de conneries et il induit le public en erreur en le manipulant. En plus c’est un Tartuffe, vu qu’il est lui même professeur, de même que Sala Molins. Il n’a rien compris à Nietzsche, son atheologie est dérisoire intellectuellement, de même que sa soi disant méthode biographique, et sa critique de Freud lamentable: il suffit d’avoir lu les auteurs pour le savoir. Son rapport à l’Instittution est infantile, il parle à la fois comme une pauvre victime et comme un flic et un curé. Quand il dit qu’il a lu tout Freud en qq mois, c’est du pipeau: lire ça prend du temps, et comprendre encore plus. La Métapsychologie c’est difficile, de même que L’être et le néant, et on n’est jamais sûr d’avoir vraiment tout compris. Donc il ment. En outre son mépris systématique pour les travaux universitaires est ridicule et prouve son ressentiment aveugle et infantile. Qu’il fasse lire Walden, soit! Mais est ce pour autant un grand livre? C’est chiant comme la pluie et le style est d’une grande lourdeur: c’est peut être pour ça qu’il n’est pas au programme de terminale! Ce qui ne m’empêche pas d’en parler , de même que de Lafargue ou de Lasch. À ce propos je suis étonné que tu sembles avoir oublié que c’est au Lycée, en ECJS, que l’on apprend ce qu’a été la démocratie directe grecque, et en philo que l’on pose la question de l’esclavage et celle de la représentation à travers Rousseau et que l’on comence à savoir comment lire ces auteurs compliqués. A te lire on dirait que tu as commencé à réfléchir avec Onfray…
    Ma thèse est que les auteurs classiques ne le sont pas par hasard, mais aussi que leurs écrits sont intrinsèquement révolutionnaires, même quand ils n’en ont pas l’air: Rimbaud, mais aussi Racine, Nietzsche, mais aussi Platon. Et ce qu’ils ont à nous donner ce sont leurs œuvres: je me fous de savoir si Platon battait sa femme et si Nietzsche a sauté Lou Salome, en tout cas c’est pas ça qui m’aide à comprendre la Wille zur Macht comme concept ontologique et politique.
    Quand tu me dis que ce bon Onfray offre généreusement au bon peuple un savoir qui lui serait interdit et qu’il rend profane, je bondis: n’est-ce pas la fonction première de l’Ecole? Tout savoir enseigné à l’ecole ne l’est-il pas par définition pour le profane et de manière profane? Et si elle n’y parvient pas, est-ce uniquement de la faute de l’Institution et des professeurs? Les élèves qui ne foutent rien, pompent leurs dissert et n’ont aucune curiosité intellectuelle n’y sont pour rien? Et s’ils se le permettent, n’est-ce pas que depuis des année des discours comme ceux de Onfray, de Bourdieu et de tous les sociologues d’Etat relayés par les pedagogoles n’ont de cesse de l’attaquer, de saper son autorité et sa dignité, pour finalement la détruire et la livrer au marché? Ne voit on pas en outre tous les jours à la télé des petits crétins parvenus se vanter d’avoir été nuls à l’école, faire l’apologie du cancre, à tel point que les élèves sérieux et qui réussissent sont traités maintenant de bouffons? Onfray fait le même boulot dégueulasse qu’Arthur: non seulement ils assassinent l’Ecole et la Culture, en rabaissant tout ce qui a de la valeur, mais ils font par là-même le lit de l’individualisme libéral et aident objectivement les salopards qui n’attendent que la privatisation de toute fonction publique. Alors Université Populaire, soit, chacun fait ce qu’il veut, et encore il n’a rien inventé : c’a s’appelait les cours du soir ou université du 3ème âge, évidemment moins glamour et médiatique….N’es-tu pas étonnée à ce sujet de l’adoration de toute la classe médiatique pour Onfray? As tu déjà vu FOG lui rentrer dedans? Un peu suspect pour un rebelle ami du peuple, non? Pour moi c’est rédhibitoire.
    Je n’ai pas lu le Ranciere mais le peu de ce que j’en connais me plaît, et tu m’incites à le lire plus sérieusement, merci.
    Bien à toi,
    Sylvain.

    • Aïe, aïe, aïe, Sylvano, ton ressentiment vis à vis d’Onfray est plus que rédhibitoire. A-t-il réussi là où tu as échoué ?
      Il est clair pourtant qu’il en dit des conneries, mais et nous, et toi ? Il suffit de lire tes commentaires pour voir que tu te contredis souvent et que tu ne cherches qu’à défendre ta petite paroisse.
      C’est pas pour autant qu’il faille rejeter en bloc son travail, bien au contraire. L’argument de mauvaise foi classique et symptomatique consiste à dire qu’il a lu tout Freud en quelques mois pour écrire son livre sur le psychanalyste viennois. Si tu avais lu ce livre ou Fééries anatomiques par exemple, tu saurais qu’Onfray a fait l’éloge de Freud pendant plus de vingt ans et c’est à sa relecture méthodique qu’il s’est apeçu de certaines impostures…Il a eu l’honnêteté de le reconnaître, c’est écrit noir sur blanc dans son livre. Et toi, serais-tu capable d’écrire que tu t’es trompé ? Apparemment non, au vu de tes commentaires…
      Onfray est un exégète, un lecteur de Nietzsche subtil, il est ici déplacé de le nier. De prétendre à du sabotage, c’est carrément à charge, c’est le procès d’intention ! D’où il résume la philosophie de Nietzsche à sa relation avortée avec Lou Andréa Salomé ??? Mais qu’est ce que c’est que cette histoire ?!? C’est malhonnête de ta part, Onfray a écrit des textes magnifiques sur le philosophe allemand et je t’invite fortement à les lire avant de cracher dessus…

      En même temps si pour toi Walden est un texte ennuyeux, je peux comprendre…Ce livre que j’ai découvert justement grâce à Onfray, je l’ai dévoré à deux reprises, il a été déterminant dans ma façon de penser et d’entreprendre les choses…je t’invite aussi à le relire, on ne peut passer à coté de la sorte. Peut-être ta traduction ?

      Aussi je ne partage pas la vision de Hobbes, de Rosset, de l’Islam, de la musique et de Chavez qu’a Onfray, mais je lui reconnais un mérite certain, celui que Kelly revendique : on peut commencer à réfléchir grâce à un livre de Onfray hors des sentiers battus…pour ensuite tracer son propre chemin. « Ni suivre, ni guider… » tu connais je pense la citation…

      • Sylvano dit :

        Le pauvre Onfray a justement échoué là où, de temps en temps, il m’arrive de réussir: lire et comprendre les auteurs. Tu sembles mesurer la qualité intellectuelle à l’aune de la notoriété médiatique, ce qui correspond bien aux valeurs libérales! Pourquoi veux tu que je l’envie? Tu crois qu’un prof est forcément frustré et aigri? C’est typiquement stal, ça, de psychiatriser l’adversaire! Moi ça va très bien merci. Tu ne saurais savoir à quel point j’apprécie mon statut de fonctionnaire obscur et provincial! Est ce que moi je viens te chercher sur le fait que, peut être, tu n’as pas réussi à l’école et que c’est pour ça que tu écris des choses vindicatives à son sujet, en oubliant que c’est elle qui, bon an mal an et avec tous ses défauts, t’a formé intellectuellement? Quand Kelly écrit que le sinistre Onfray « démocratise » le savoir, oublie-t-elle que c’est la définition même de l’Ecole Républicaine, et qu’elle le fait, gratuitement? Entre l’Eglise naguère et le marché aujourd’hui, crois tu que cela aille de soi? Sais tu ce que ça coûte à la Nation par élève, chaque année? Vas tu le lui rembourser, toi qui ne paie plus tes impôts et refuse ta citoyenneté? Il faut être logique, jeune homme!
        Que des connards puissent nous apprendre qq chose, soit, je m’intéresse à tout, y compris à secret story et au football, sur lequel j’ai même fait une petite conférence à Marseille. Comme disait Leibniz, « je ne méprise presque rien » . Mais c’est bien Onfray qui prétend disqualifier la pensée de Freud à partir de sa biographie, du fait qu’il voulait sauter sa mère, qu’il aimait l’argent et Mussolini,etc etc? Moi j’attends d’un « exégète » qu’il me fasse mieux comprendre le statut psycho-physique de la pulsion chez Freud, non qu’il disqualifie son oeuvre à l’aune de sa vie et son « misérable petit tas de secrets ». Je pense qu’en cherchant bien, on pourrait aisément trouver que Thoreau enculait des caribous sans sa forêt…et que Toussaint Louverture avait un compte en banque à New York! So what? Savoir que Proust se soit branlé en assistant au spectacle de rats s’entretuant dans une cage, cela fait-il mieux comprendre La Recherche?
        Donc quand je défends les Lumières et l’Ecole, je défends ma-bien évidemment-« petite » paroisse…Ça c’est de l’argumentation! Tu ne peux pas imaginer que l’on défende des idées en tant que telles? C’est forcément réductible à un petit intérêt particulier? Ah c’est donc ça ta Métaphysique! Je crois que tu devrais relire Hobbes…Ça c’est du Onfray, pas du Hobbes!
        Quant-à mes contradictions, peux tu me les signaler? Je ne demande qu’à m’améliorer sous ta conduite bienveillante.
        Quant-à mon ethno centrisme, alors là c’est le pompon! Sur quelle phrase de moi te bases-tu? Le terrorisme intellectuel va maintenant jusqu’à dire que défendre les Lumières et la valeur de la culture européenne, c’est être aveuglé par un complexe de supériorité ethnocentré! Je rêve! En quoi aimer Rousseau empêche-t-il de suivre l’épopée de Toussaint Louverture ou de lire les aphorisme de Sitting Bull? Et tu ne vois pas que la Rhétorique de ce dernier doit tout à sa formation « française », comme c’est le cas de Pol Pot et de Ho Chi Minh, formés à Paris. Quelle culture a produit les instruments de sa propre critique et de sa propre déconstruction? Ne vois tu pas que c’est ce qui manque à la culture musulmane? Les Arabes, premiers esclavagistes, encore aujourd’hui, ont-ils produit le moindre texte ou mouvement politique contre l’esclavage, comparable au travail des Lumières? Si tu voyageais un peu tu verrais à quel point toutes les cultures sont fermées sur elles mêmes et les peuples nationalistes, et à quel point il y a en Europe un authentique intérêt pour l’altérité, qu’on ne trouve nulle part ailleurs. Les Papous et les Aborigènes sont fort sympathiques, mais ont-ils une École Papous d’Extreme occident? Bon je charrie, ok, mais même les dites grandes civilisations, comme le monde musulman: s’intéressent-ils à la manière de vivre d’un paysan français de Dordogne?
        Rousseau enfin…Là je crois que je ne peux rien pour toi, hélas, si tu passes à côté…. Aimer Onfray et dénigrer Rousseau, quand on prétend réfléchir à la démocratie, c’est assez consternant. Décidément nous n’avons pas,les mêmes valeurs…
        Bon j’avais dit que je ne répondrai plus,,mais tu m’énerves tellement! Soyons clairs: ce qui me consterne n’est pas personnel ni psychologique, c’est de voir que, dans l’optique même de ton beau et légitime combat tu dénigres des choses et des auteurs qui te sont des soutiens, et que tes propres adversaires essaient de détruire…moi,je dis juste qu’il y a des choses à défendre, comme l’Ecole, la culture et le CNR et la Laïcité , et qu’on peut aimer Rousseau ET Proudhon, même si le second écrit infiniment plus mal que le premier.
        Si tu pouvais essayer de répondre sur le fond, au lieu à chaque fois de me trouver une nouvelle caractéristique infamante…
        Sylvain.

  • Sylvano dit :

    Corrections: Institution et commence.
    Désolé c’est l’écriture automatique!

  • Sylvano dit :

    La rhétorique de ce dernier: c’est Louverture bien sûr, pas Sitting Bull!

    • Faut pas t’énerver comme ça Sylvano. On débat c’est tout. D’ailleurs si je t’énerve de la sorte c’est bien que j’ai touché le FOND du problème…
      Ne nous raconte pas ta vie, elle n’intéresse personne ici. Et ne préjuge pas de la mienne, tu en deviens foncièrement ridicule.
      Retrouve un peu de sérénité et de sagesse, fais honneur à ton statut de prof de philo.
      Lis Onfray et critique le sur le fond – y a de quoi -, pas sur les dérisoires arguments marchands qu’il utilise à la télé, jouant le jeu des médias…
      Enfin si tu assumes d’enseigner les auteurs et les valeurs qui confortent et légitiment les pouvoirs en place, soit. Mais ne gaspille pas alors ton venin dans notre paroisse, tu pourrais t’y casser la Raison.

      • Sylvano dit :

        Paroisse, le mot est juste, pour une fois!

      • Sylvano dit :

        Et quelle agressivité gratuite, encore!
        Tu ne connais pas la saine colère schopenhauerienne de l’honnête homme qui cherche la vérité?
        Decidemment!

      • Sylvano dit :

        Ma raison en a vu d’autres, rassure-toi: Hegel et Spinoza sont un peu plus coriaces que ta langue de bois pitoyable.
        En revanche il y a d’autres choses que tu commences à me casser.. .

  • Sylvano dit :

    Ma vie, ta vie…tu devrais réviser la figure de style appelée « prétérition »…

  • Sylvano dit :

    Mon statut de prof de philo…sérénité et sagesse. C’est bien réactionnaire et patriarcal ça, jeune Padawan! Moi je suis énervé par la connerie et je le dis. Tu as un problème à régler avec les profs de philo et avec l’Ecole? Pauvre petit!

  • Sylvano dit :

    « Enseigner les auteurs et les valeurs qui confortent les pouvoirs en place » . Mot pour mot une phrase que les maoïstes ou les trotskistes chevelus des 70′ auraient pu écrire à propos de l’Ecole. À croire que la connerie, comme l’acné est une sorte de fatalité physiologique liée à l’âge…

  • Sylvano dit :

    « Provoquer le débat » . T’es pas content là?
    Au fait, tu me réponds quand sur le CS de Dieudo et sur Montesquieu? Et sur l’Ecole? Et sur la fonction auto-critique de la pensée occidentale? J’attends tes arguments.

    • Sylvano, si tu utilises ta souris avec sagacité, tu verras que j’ai répondu sur Montesquieu et Dieudonné un peu plus haut, il était 8h53 ce matin…avant même mon commentaire sur Onfray. Je t’y proposais un lien aussi…sur mon analyse des « Chiens de garde » de Nizan. je ne pensais pas alors viser aussi juste…RRRouaf, rouaff !

  • Sylvano dit :

    « On a touché le FOND ». C’est pas faux.

  • Sylvano dit :

    Au fait! Je parlais pas avec Kelly tout à l’heure? Fallait-il donc que le grand chef prenne les choses en mains quand ça devenait sérieux, comme sur FB? Y-aurait-il un genre de hiérarchie phallocratique chez vous? Un maître à penser? Kelly a-t-elle DÉLEGUÉ sa souveraineté à un REPRÉSENTANT ? Mais c’est horrible, ce n’est pas démocratique! C’est du parlementarisme! Et en plus un homme! C’est du sexisme! Allons camarades, encore un effort pour être révolutionnaire! Hasta la Victoria siempre! Et avec votre logo Che Guevarriste, faisons des tee shirts pour rebelles boutonneux!

  • kelly dit :

    Sylvain, du calme! La provoc’ tu aimes ça! Je n’étais pas là de la journée, et je répondrais tranquillement un peu plus tard, le combat de coq, très peu pour moi. Et en quoi le fait que Cédric réagisse sur ses textes fait de lui un leader phallocrate? Désolée, je n’ai pas été aussi frénétique que ça aujourd’hui. Mais il y a des choses dont on ne me fera pas douter.

  • Sylvano dit :

    Voilà une réflexion qui t’honore et qui démontre à quel niveau tu places le « débat » et comment tu considères Kelly!

  • Sylvano dit :

    Pour ma part je crois que, par charité, je vais arrêter là: ça t’évitera de continuer à te disqualifier par tes insultes et la grande bêtise de tes propos. C’est dans l’intérêt de Diktacratie, la bien nommée, sinon je ne sais pas jusqu’à quels excès verbaux (et verbeux) regrettables risque de t’entrainer ton absence de contrôle de toi-même. Je pense que chacun pourra juger sur pièce de ta grande aptitude au dialogue démocratique et à la common decency. Donc je vous laisse avoir raison entre vous, et j’attends avec impatience votre prise de Palais Bourbon avec des chevaux en carton et des épées en bois. Taïaut! Tagada tagada! Pouet Pouet!
    Si j’aurais su j’aurais pas v’nu!

  • Alerte générale dit :

    A découvrir: Voltaire méconnu – Aspects cachés de l’humanisme des Lumières (1750-1800). Voltaire sans fard.
    Xavier Martin(Auteur)- Editeur:Dominique Martin Morin. Xavier Martin, historien des idées politiques. est professeur émérites des universités. Ses travaux anthropologiques révolutionnaires ont réputation d’avoir modifié l’approche historique de la vision de l’homme au siècle des Lumières.

    Description de l’ouvrage :
    – Le discours officiel sur Voltaire (enseignement et médias) est gravement lacunaire : il tait en effet, ou estompe beaucoup, ce qui chez lui dément l’image de l’inlassable promoteur de la tolérance et de l’humanisme. C’est ce qu’œuvre à montrer le nouvel ouvrage de Xavier Martin. Poursuivant, dans les sources du XVIIIe siècle, les investigations tenaces qui ont donné déjà des fruits inattendus, l’auteur met au grand jour la face ou les facettes ordinairement cachées du  » roi  » des philosophes : mépris réfléchi des humains en masse, ainsi qu’en détail (il répétera que les Calas sont des  » imbéciles « ), haine de nombreuses catégories, souvent morbide, jusqu’à certains fantasmes d’extermination (relativement aux Turcs, relativement aux juifs…), accointances policières et gouvernementales dont il use pour réduire au silence les jeunes auteurs irrespectueux à son endroit (jusqu’à les faire embastiller lorsqu’il le peut), orgueil social, allergie maladive à la contradiction, délire verbal contre Rousseau, goût anormal pour le néant, acharnement pathologique contre les morts à la consternation de ses propres amis, etc., etc. Truffé de citations fréquemment saisissantes, et strictement référencées, ce livre aisé à lire jette une lueur inattendue, qui donne beaucoup à réfléchir, sur l’humanisme des Lumières et sur l’image un peu flattée qu’à l’ordinaire on en propose.

    A écouter: _ Xavier Martin parle de Voltaire sur Radio Courtoisie partie 1/2 _
    http://www.dailymotion.com/video/x10x4at_xavier-martin-parle-de-voltaire-sur-radio-courtoisie-partie-1-2_news
    _ Xavier Martin parle de Voltaire sur Radio Courtoisie partie 2/2 _
    http://www.dailymotion.com/video/x10x4at_xavier-martin-parle-de-voltaire-sur-radio-courtoisie-partie-2-2_news
    Vidéos mises en ligne par Antipropagande.

    NB: Croyez-moi!, vous ne verrez plus Voltaire ni les « Lumières » de la même manière! Deux fois 20mn d’écoute suffiront .

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