Ciel, mon Mali !

Ciel, mon Mali !

le 03 décembre, 2012 dans Conflit malien, International / Alternational par

C’est curieux et on n’y aurait pas pensé avant, mais tout compte fait, la situation au Mali s’inspire largement du théâtre de boulevard, dont le ressort principal est le comique de situation. Comme chez Feydeau ou Labiche, l’accumulation de paradoxes, quiproquos et autres scènes incongrues finissent par arracher un sourire au spectateur, voire même le faire se tordre de rire.

L’Union africaine (UA) et la Cédéao (Communauté des Etats d’Afrique de l’Ouest) se gargarisaient, il y a encore peu de temps, de leurs fabuleux plans d’intervention pour chasser les groupes armés du nord du Mali, pour la somme bradée de 600 millions d’euros, pas cher. Les chefs d’Etat ou de gouvernement africains se sont réunis et ont palabré des heures durant, les experts ont continué le boulot avec leurs petites calculatrices et leurs grands desseins, enfin bref du bruit il y en a eu…

Beaucoup de bruit pour rien, puisque chaque jour qui passe confirme encore un peu plus que cette fumeuse force ouest-africaine dont on nous rabat les oreilles, n’est qu’un mirage. La preuve, le prof Ban vient de retoquer la copie des mauvais élèves africains, moins de quinze jours avant que le Conseil de sécurité ne se prononce, en relevant notamment «le manque de précisions» des plans.

Dans la foulée, l’envoyé spécial de l’ONU pour le Sahel, Romano Prodi, a estimé les délais nécessaires à la mobilisation et à la formation des troupes entre neuf et douze mois… Ce qui est plutôt pratique car cela permet à ceux qui le souhaitent de prendre leurs congés en fonction de la guerre qui est donc annoncée pour dans un an, vers octobre 2013, enfin si les conditions météorologiques le permettent, si Bison Futé est d’accord et s’il n’y a rien de mieux à la télé.

Tandis que cette semaine, à Ouagadougou, se tient un «dialogue préliminaire» réunissant les jihadistes maliens d’Ansar Dine, les Touaregs du MNLA (Mouvement national pour la libération de l’Azawad) et le ministre malien des Affaires étrangères, Tieman Coulibaly, tous invités par Blaise Compaoré qui aime endosser son habit de grand médiateur international, parce que cela lui donne l’air d’avoir les mains propres.

Le Mujao (Mouvement pour l’unicité du jihad en Afrique de l’Ouest) ne figure pas dans le tour de table, d’une part parce qu’il n’a pas été invité, puisque l’Empire nous dit qu’il fait partie avec Aqmi (Al-Qaïda au Maghreb islamique) des vrais méchants, et aussi sans doute pour continuer de veiller sur les affaires, à commencer par le business régional des routes de la coke dans lequel les boys du Qatar sont enfarinés jusqu’à la barbe.

Mais sur le terrain, on est encore loin de la belle table ronde de Blaise. Récemment, le MNLA a été délogé par Ansar Dine de la localité de Léré, près de la frontière mauritanienne, et sans qu’une seule cartouche ne soit tirée, du beau travail. Les jihadistes ont simplement demandé aux Touaregs de quitter les lieux, ce que ces derniers se sont empressés de faire… Pour rejoindre la Mauritanie, d’où ils espèrent probablement être plus efficaces pour retrouver leurs terres…

A peine les derniers hommes bleus décampés, le drapeau islamiste flottait sur la ville et Ansar Dine annonçait la mise en application de la charia. Pendant ce temps, à Ouagadougou, ils continueront d’expliquer leur renoncement à la violence et à l’application aveugle de la loi islamique.

Vous avez dit «comique de situation» ?

Partager

Il n'y a pas de commentaires pour cet article, laissez-en un!

Réagissez à cet article :