Ca va mal en France…

Ca va mal en France…

le 23 février, 2013 dans Dictature de l'économie par

Ca va mal en France. Le corps social est en déliquescence, combien de temps encore avant qu’il ne s’écoule sur les pavés ?

Pour le moment les apparences continuent de tromper, d’aveugler les regards complaisants. Il suffit pourtant d’écouter les murmures de désespoir, de sentir le souffre caoutchouteux émanant des barricades d’ouvriers excédés, pour comprendre que les inquiétudes et les colères se multiplient dangereusement en ce début d’année.

Le printemps des indignés, gesticulant aimablement sur des pelouses, est heureusement derrière nous. Et, même si quelques espoirs crédules transpirent encore de nos bons électeurs, la plupart des fantasmes suscités par le renouvellement présidentielle et législative semblent désormais fanés. Il aura quand même fallu que le peuple de France s’embourbe une énième fois dans de mielleuses promesses, pour enfin apercevoir l’aube d’une désillusion salvatrice. Maintenant que « le changement » est au pouvoir, qui peut encore feindre de ne pas voir que nos politiciens successivement élus sont en tout point corrompus ?

En tout cas, les ouvriers de chez ArcelorMittal ont compris que Hollande, à l’instar de Sarkozy, s’était bien foutu de leur gueule. Rappelez-vous, quand perché sur la camionnette de l’intersyndicale il déclarait : « Je viens devant vous prendre des engagements (…) Je ne veux pas me retrouver  dans la situation d’être élu un jour sur une promesse et ensuite de ne pas revenir parce qu’elle n’aurait pas été tenue »… La teneur de sa promesse ? L’une de celle qu’aucun de nos politiciens libéraux n’est en mesure de tenir, tant leur pouvoir sur les grands patrons de l’industrie est inexistant. Car, contraindre un industriel à préserver la totalité de ses forces vives de production, quand il se désengage d’un site rentable, reviendrait à imposer une politique nationale, pour le moins raisonnable, à la manière d’un Chavez ou d’un Poutine. À l’évidence, ce genre de volontarisme politique est tout à fait impensable pour nos oligarques socialistes, et même tout bonnement interdit par le traité de Lisbonne, pour qui, seuls les droits des capitaux priment !

Ainsi, pour palier à sa traîtrise absolue et tenter de camoufler son impuissance instituée, notre gouvernement tente de distraire l’opinion par l’intermédiaire de ses ministres, amuseurs de galerie.

Montebourg, le rocambolesque

En juillet dernier, le chevaleresque ambassadeur du redressement productif exhibait son lyrisme à la face de la famille Peugeot, leur sommant de revoir à la baisse le plan de quelques 8 000 licenciements. Mais, manque de pot pour le grand Arnaud, PSA n’eut que faire de ses frasques, ajoutant même 1 500 têtes au panier des décapités.
Chez Renault, non plus, on ne craint rien du verbe de nos socialos… D’ailleurs, un pacte de « compétitivité » est à deux doigts d’être signé par des syndicats négociant le gel des salaires, l’allongement du temps de travail et le non remplacement des effectifs. Sous peine de quoi ? Carlos Ghosn délocalisera sa production à l’Est sans la moindre hésitation.

Est-ce le prix à payer pour éviter la sortie de route ? Les employés de chez Goodyears peuvent témoigner du contraire. Il y a déjà quelques années, ils concédaient le même type d’ajustements structurels pour sauver leurs emplois. Vous connaissez la suite, elle se joue actuellement entre Montebourg et l’éventuel repreneur Titan, qui vilipende outrageusement les restes du modèle social français…

Eh oui, ça va mal en France ! Après la Grèce, l’Espagne, le Portugal et l’Italie, nous sommes sommés d’accélérer la mise au pas de notre économie selon les standards de la mondialisation. Les ordonnances de ces grandes entreprises ne sont d’ailleurs que la partie visible de la précarisation des travailleurs ou, devrai-je dire, de la flexibilité nécessaire au retour de la croissance économique !
Car, en effet, il y a tous ceux que l’on ne voit pas, en tout cas dans les médias : nos petits producteurs : laitiers, porchers, volaillers, agriculteurs, et j’en passe… qui travaillent à perte, au prix d’une vie sacrifiée par le stress, l’isolement, et une surcharge de travail telle que tous les jours l’un d’entre eux baisse les bras et se libère en se suicidant…
Nos travailleurs de la terre ne font définitivement pas le poids face aux exigences des marchés, seuls maîtres des prix d’achat. On sait d’ailleurs que les Carrefour, Leclerc et autres Intermarché tirent un maximum de profit de leur puissance hégémonique, contribuant au passage à éradiquer la diversité des petits commerces de proximité.

Qui a dit : l’Europe c’est la paix ?

De plus, chaque année, des centaines de milliers d’immigrés continuent d’affluer de l’Est et du Sud, espérant trouver en France une issue à leur misère, et ce malgré un marché du travail saturé et une paupérisation sociale en alarmante progression.
Favorisée par les traités européens, cette politique perverse a pour but d’exacerber la concurrence entre les travailleurs les plus modestes qui, tels des mercenaires au rabais, n’ont d’autre choix que d’accepter des conditions toujours plus précaires. À la manière de nos voisins allemands ne bénéficiant d’aucun salaire minimum.
En effet, rappelons que 3 millions d’entre eux travaillent pour moins de 5 euros de l’heure, qu’un emploi sur trois n’est ni à plein temps, ni à durée indéterminée, et qu’un sur dix est un « mini job » rémunéré moins de 400 euros par mois…

Soyez donc certain qu’en ces eaux troubles nous naviguons, tant le modèle économique allemand est vanté par nos oligarques de tout bord. Car, pendant que l’ex-indépendantiste guyanaise Taubira transfigurait l’égalité social en égalité des moeurs, le MEDEF et les syndicats négociaient dans les coulisses du pouvoir un accord de « sécurisation de l’emploi ». Le futur plan de compétitivité / flexibilité du marché du travail, que notre bienveillant Président socialiste nous imposera, bientôt, sous couvert de lutter contre le chômage et du retour de la croissance.

Ainsi, dans les années à venir on peut s’attendre à voir flamber les immolations un peu partout en France… À moins que nous sonnions le glas de ces politiques traîtres à la nation, en prenant le pavé tous ensemble, pour exiger de redéfinir par nous même le cadre de l’intérêt général. Sinon notre sort sera scellé, nous suivrons bon gré mal gré celui de nos amis grecs, portugais et espagnols… Et nous serons enfin tous unis, enchaînés dans les limbes d’une Europe diktacratique !

 

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