Bruno Boulefkhad, seul face à la Banque

Bruno Boulefkhad, seul face à la Banque

le 24 janvier, 2014 dans Asservissement moderne, Dictature de l'économie par

C’est l’histoire d’un mec qu’a tout perdu ! Ou plutôt, à qui on a tout volé… Son affaire, démarrée avec juste deux cent balles en poche, roulait fièrement depuis plus de vingt ans, jusqu’au jour où de grosses têtes en costard ont braqué sa boutique à grands coups de crédits ruineux. Depuis, il a juré sur son honneur qu’il ferait vivre l’enfer à ces mafieux en col blanc. Et, quand Bruno dit, Bruno fait ! Voilà plus de 600 jours qu’il siège devant la banque l’ayant coulé, fermement résolu à ouvrir les yeux des français sur la nature rapace de cette clique au pouvoir quasi illimité.

Bruno Boulefkhad n’est pas du genre à s’apitoyer sur son sort, mais plutôt de celui à façonner son destin. Sa volonté farouche s’est forgée au gré d’une enfance difficile, entre les turpitudes d’un foyer dissolu et les railleries de gamins s’en prenant à son nom, qu’il dut, parfois, en l’honneur de son père, faire taire à coups de poing.

À tout juste vingt-trois ans, après un apprentissage de cuistot avorté et quelques petits boulots bien pénibles, Bruno rassembla le peu de ferraille qui lui grattait les fouilles pour établir sa petite entreprise de nettoyage auto. Il partait de loin notre ami, et savait qu’il lui faudrait trimer comme pas deux pour réussir son pari. Mais, passionné qu’il était de bagnoles, et déterminé qui plus est, son affaire de lustrage de gova prit assez vite du galon pour devenir un clinquant garage de vente de tires d’occases façon merco. Malgré une petite incartade de rien du tout, l’idylle dura ainsi vingt ans, durant lesquels le racisme ordinaire d’une enfance jonchée de quand-dira-t-on laissa place à d’envieux regardez-qui-c’est-le-patron ! Eh oui, à Lons-le-Saunier tout le monde connaissait Flash Auto. Une douzaine de salariés, un chiffre d’affaire fleurissant, Bruno existait, bien honorablement.

Quand soudain, le 29 septembre 2008 une bulle venue d’ailleurs explosa, et répandit son austérité vague après vague ! La crise bien sûr, cette satanée, éclaboussa notre démerdard avec pertes et fracas.

« Mon garage ne faisait pas partie de moi, c’était moi ! »

La crise donc, et ses premières déflagrations firent chuter le marché européen des véhicules neufs de quasi 20%. Et, pour pas que nos constructeurs d’auto partent trop en couille, début 2009, le gouvernement Sarko embraya son programme de « prime à la casse », dont les conséquences furent sévères pour le marché de l’occasion. En effet, dans ces conditions, il était devenu impossible de rivaliser avec les ristournes des concessionnaires subventionnés par l’État… Ne restait alors plus qu’à serrer les miches en espérant que la tempête passe sans trop esquinter Flash Auto. Dans le fond, il n’y avait pas de raison que l’affaire parte en vrille, à moins que… À moins que dans ce contexte d’apocalypse financière les banques se mettent à flipper dru et retirent leurs billes du tapis, quitte à flinguer la partie !

Ainsi, en l’espace d’un an, le Crédit Agricole et la Société Générale usèrent de toute leur roublardise pour transformer l’encombrant découvert autorisé de Flash Auto en un crédit amortissable sur seulement trois ans. Impensable ! selon l’expert comptable de notre homme, dont les prévisionnels pas très fameux démontraient clairement qu’engager l’entreprise sur la pente de l’endettement engendrerait une liquidation inévitable… Mais les deux combineuses, n’ayant que faire des recommandations, insistèrent très lourdement pour que Bruno paraphe un énorme crédit garantie par Oséo, un dispositif spécieux pour l’emprunteur, mais assurant à tous les coups les vautours de récupérer leurs biftons, en cache !

Intimidation, harcèlement, refus injustifiés de paiements… Cette ritournelle oppressante dura plus d’un an et se conclut un beau matin d’avril par un ultime coup de bigot de la Société Générale sommant Bruno de choisir entre accepter le crédit selon leurs conditions ou finir placardé au mur des interdits bancaires… Le couteau sous la gorge et la tête en charpie, Bruno finit par signer.

« C’est une balle dans la tête qu’ils vous ont mis… »

Une poignée de mois après avoir scellé son sort sous le joug du fusil, Flash Auto fut liquidé… Vidé de fond en comble au gré des enchères, même la lunette des chiottes du garage y passa… Pillé, violé, Bruno était sous le choc, accablé d’une rage quasi désespérée. S’en est suivit des semaines entre cauchemars et insomnies. Le cadenas du garage ouvert des milliers de fois, la porte automatique glissant sur un air pneumatique, le compresseur, le Kärcher… absolument toutes ces choses le hantaient, chaque nuit, encore…

Dans un dernier élan d’espoir, il envoya des courriers au maire, au préfet, aux banques, aux abus bancaires et aux députés. Mais personne ne répondit. Il surenchérit alors avec une lettre suicidaire… Toujours rien, nada, que tchi ! Que des banques aient détourné des fonds publics, via la garantie Oséo, n’interpellait manifestement personne, et surtout pas les élus et les associations censés s’en inquiéter ! Alors que faire ? Rien. Il n’y avait rien à faire… à part dormir pour ne pas sombrer fou.

Une année passa avant que Bruno renaisse de ses cendres et soit littéralement prêt à tout brûler !
Un matin de mai 2011, déterminé, il se leva aux aurores, enchaîna clope sur garro, puis appela France 3, les invitant à se rendre devant feu son garage pour qu’ils témoignent de sa fin. Trois journaleux s’y rendirent sans pour autant se rendre compte que le bonhomme jouait franc-jeu lorsqu’au téléphone il leur parla de s’immoler devant la Société Générale. Sur place, l’un d’eux sentit une forte odeur d’essence s’échapper de la tir de Bruno, et comprit qu’il ne blaguait pas, et que ça risquait de flamber ! Il appela prompto la cavalerie, qui intercepta notre kamikaze une fois arrivé sur le théâtre du sacrifice…

Hosto, examen médicaux, psy, et tutti quanti… Les toubibs constatèrent que Bruno était somme toute « normal ». Ce qui fit tilt dans sa tête ! Car après une année passée à devenir fou, s’entendre attester qu’il n’était pas plus timbré qu’un autre, sonna sa délivrance. Il réalisa ainsi son erreur. Le suicide ne servirait définitivement à rien d’autre que de reconnaître la victoire totale des banques. Dès lors, le siège commença.

« Bruno Boulefkhad va vous faire vivre l’enfer ! »

Ces mots, que Bruno fit rapporter par son avocat au directeur de l’agence de la Société Générale de Lons-le-Saunier, furent bel et bien prémonitoires. Mais en réalité, c’est Bruno qui s’engageait sur la longue et dure route de l’enfer…

Le combat s’engagea le matin du 18 mai 2012, à 8h45, quand, vêtu de son bleu de travail rouge et noir,  il prit encrage sur le trottoir devant la Société Générale de Lons-le-Saunier. Ses armes, sa détermination et un panneau annonçant la couleur en grosses lettres majuscules : « Stop aux abus bancaires, cette banque a coulé mon entreprise en pratiquant le crédit ruineux. » Inutile de vous dire que l’agence n’apprécia guère cette réclame, pourtant gratuite. Elle dépêcha donc un huissier pour qu’il fasse juridiquement déguerpir notre publicitaire. Mais, manque de bol pour la gagneuse de haut vol, il lui fut impossible de balayer le solide gaillard d’un simple claquement de doigt, car celui-ci « n’outrepassait pas les limites du droit d’usage du domaine public qui appartient à tous. »

Inattaquable sur le terrain de la pagaille publique, dès lors, chaque jour, de l’ouverture à la fermeture, Bruno siégeait, seul, face à la banque qui l’avait ruiné. De -15 degrés à 40, sous des kilos de neige, des déluges de pluie ou un cagnard insolent, tel un colosse, Bruno tenait l’ancrage, coûte que coûte, mué par la force de l’homme qui ne veut pas mourir à genoux.

Cette posture insoumise avait de quoi faire jaser toute la petite ville de Lons qui connaissait depuis toujours Bruno. Mais, ces gens, à qui pourtant il avait rendu bien des services, ne le saluaient désormais qu’à peine, et encore, quand leurs regards ne ciraient pas leurs pompes en le croisant…

Ainsi, malgré sa robustesse dopé par une détermination hors-catégorie, Bruno se demandait parfois si le courage n’allait pas foutre le camp, si le lendemain il pourrait endurer encore les multiples douleurs physiques liées à l’immobilité. Mais, à la longue, parole de soldat ! le poids de l’attente et les pensées grincheuses quittèrent sa caboche, à la grâce d’un mental taillé comme un roc, façonné par les coups, que seule une balle dans la tête semblait pouvoir maintenant dézinguer. D’ailleurs, le directeur de l’agence ne s’y trompa pas, alors que ses vigiles fuyaient le navire l’un après l’autre, ne pouvant tenir la cadence du supplice, il essaya de convaincre la femme et l’avocat de signer un papier pour l’envoyer chez les fous ! Peine perdue…

Il faut savoir qu’une plainte pour « diffamation et tentative d’extorsion » courait contre Bruno depuis déjà quelques mois. Évidemment déposée par nos deux banques sans scrupules… Un comble ! Bien que victime, lui, jamais n’attaqua en justice, préférant combattre à sa façon. Naturellement la jérémiade fut jugée irrecevable, et à l’issu du verdict, Bruno décida de prendre ses cliques et ses claques avec tout son bardas. Il lança alors un ultime  regard à l’encontre du petit directeur de l’agence de Lons, et lui dit que maintenant il montait prendre d’assaut la maison mère en plein coeur de Paris !

« La seule ressource qu’il me reste, c’est mon honneur. »

29 boulevard Haussmann, Paris. 4 mars 2013. Comme promis, Bruno se tint droit comme un pic face à l’Agence Centrale de la Société Générale, bien décidé à enfoncer le clou, et rameuter les Parigots pour qu’ils livrent combat, avec lui.

Aussitôt planté sur le crottard, le ton fut donné par une demi-douzaine de molosses arrogants lui ordonnant de reculer d’un mètre son fourbi… Pas impressionné pour un sou, Bruno dégaina direct son pedigree long comme les neuf lascars, qu’il avait fumés d’épuisement dans le Jura.

Le deuxième jour, alors qu’il partait cinq minutes, au zinc d’à côté, se ressourcer en caféine, les vigiles bousillèrent sa chaise et son panneau. Illico, quatre types, sortis de nulle part, débarquèrent et mirent en garde les toutous de la maison. C’était des mecs des renseignements généraux, en civils, spécialement planqués dans les coins pour s’assurer que rien n’arrive à notre lascar. Décision préfectorale…
Une fois ces petits désagréments corrigés, sous les grilles en fer forgé estampillées des initiales S.G recouvertes d’or, restait le pire à affronter : le tumulte parisien et son envers d’indifférence…

En effet, ici : bagnoles, essoreuses et autres gros aquariums bondés de touristes se tirent la bourre entre chaque feu, crachant leurs miasmes pollués que tu bouffes à chaque lampée d’oxygène… Et pendant que tu t’asphyxies, tous ces connards, toujours pressés, klaxonnent, pilent et réaccélèrent incessamment, à t’en faire péter le ciboulot.

Malgré tout ce raffut, la lutte de Bruno trouva à Paris un peu plus de résonance. De nombreux inconnus au courant de son embrouille venaient l’épauler, une heure ou deux, puis repassaient à l’occase. D’autres, découvrant notre forte tête sur le tarmac, en profitaient pour refaire le monde avec lui, puis s’en allaient… Certains oiseaux rares iront même jusqu’à partager un bout de siège durant un jour ou deux, voire un mois, deux pour le plus audacieux…

Mais plus le temps passait et plus Bruno radicalisa sa vision du monde.

Faut dire que Paris n’est pas un cadeau pour celui qui n’a rien à vendre ni à acheter… La réalité, c’est que les gens consomment son histoire aussi promptement qu’ils font des crédits pour se dégoter des conneries juste en face… aux Galeries la Fayette ! J’exagère à peine, et il y a pire encore : toute cette piétaille qui passe devant lui mais ne le regarde pas, tel un débris de plus sur le chemin de leurs habitudes…

Ainsi, quand t’es dans le dur façon Boulefkhad, que tu livres un baroud pour sauver ton honneur, et que par la même occasion tu tentes d’ouvrir les yeux de la masse aliénée à cette dictature bancaire, eh bien de voir s’agiter devant ton zen, et toute la journée, ces petites individualités égocentrées et serviles, ça finit par te faire remonter des litres d’amertume… Comment mettre à bas un système de domination planétaire avec la bande d’enfants gâtés qu’ils sont ? Qui pour sacrifier un peu de son confort personnel, pour livrer ne serait-ce qu’une bataille contre cet ennemi commun ? Bien sûr un ennemi ! Croyez-vous que ce sont les banques qui vous nourrissent, ou bien est-ce le contraire ? Politiques, médias, travailleurs, tous mangent dans la main de ces voleurs, et selon leurs conditions ! Financements, crédits, salaires, agios… impossible d’y échapper, à moins de payer le prix fort.

Quoi qu’il arrive, Bruno l’affirme, il mourra en guerrier ! Et ceux qui ne croient pas en son combat, tant pis ! Mais songez alors à ce que vous faites au quotidien. Car Bruno, lui, fait sa part, et elle est grande !

 

Pour plus de détails, n’hésitez pas à vous procurer le livre écrit par Sébastien Degorce : Bruno Boulefkhad, seul face à la banque. Ainsi vous aiderez Bruno à financer le coût de sa lutte.

Partager

6 Commentaries

  • Aline Vigneau dit :

    Comment ne pas croire en son combat ? Merci beaucoup pour ce bel article. De me, nous, faire connaitre l’histoire de cette remarquable personne. Je viens de commander son livre. Merci.

  • lkj dit :

    une histoire qui ne laisse pas insensible , chapeau bas, bruno revenu d’entre les morts pour un ultime combat , seul contre tous ! quand cessera le combat Mr boulefkhad sera devenu un autre , un homme pleinement accompli !

    quand es ce et pouquoi s’est il arreté de courir ! pas bcp le savent , ce qui est sure c’est que la cause son aboutissement est et sera noble

  • Merci infiniment Aline ! N’hésitez pas à me donner votre avis sur le livre.

  • RG dit :

    Je viens de lire un extrait de ce livre et je suis scandalisée ! Comment peut on ainsi salir sa mère ! Je connais cette famille et je sais que la mère n’a jamais fait toute les horreurs qui sont cités dans ce livre !! Elle aidé Bruno lui a acheté sa 1ere voiture, lui a prêté de l’argent !!
    Son combat est peut-être juste mais je ne vois pas pourquoi il traîne ainsi sa famille dans la boue !! Il vient d’une famille nombreuse et pauvre et c’est sur qu’il s’est battu pour en arriver là mais franchement c’est honteux de raconter de tels horreurs sur sa mères et ses frères et sœurs pour jouer les pauvre malheureux !! J’espère que ce livre sera retiré des ventes !!!

  • arrago dit :

    Je te soutiens dans la guerre que tu as décidé contre tes banques et si tout le monde pourrait se réunir pour arrêter toute cette hypocrisie, refuser le système dans lequel une grande majorité des français se mobiliserait pour se réunir afin de faire tomber toutes ses chaînes qui nous entrave. Tout le monde a connu ces phrases de nos chers Banquiers nous incitant aux crédits, puis au découvert autorisé et à la prise de la carte bancaire un jackpot pour eux contrairement aux chèques. Puis un matin nous sommes devenu un vilain petit canard qui devait rembourser, nantir, hypothéquer ou revendre ce qu’il avait acquit. Du coup la Banque avait réussi son objectif. Faire travailler un pauvre, lui prêter un peu pour l’encourager à travailler un peu plus afin de s’enrichir et ainsi de suite, puis un matin tout s’écroule, on te prends tout, tu n’a plus rien, tu redeviens pauvre. Ta Banque as tout pris!!!!!!! Alors un jour le peuple se réveillera et tous ensemble : + de CREDIT! + d’ARGENT! + d’ACHAT! + de REMBOURSEMENT! + d’IMPOT! + de TAXE! Une nouvelle façon de paralyser l’état et de montrer sa colère. Je te souhaite tout le courage et la force nécessaire pour continuer ton combat. Ma porte t’est grande ouverte……….

  • Alain SORAL dit :

    Après enquête, ce mec est un escroc, tout ce qu’il raconte est faux.
    Pour ceux qui doutent, les preuves circulent désormais sur internet…
    AS.

Réagissez à cet article :