Arnaque du chômage et réalités du marché du travail

Arnaque du chômage et réalités du marché du travail

le 27 janvier, 2015 dans Dictature de l'économie par

En Belgique, depuis le 1er janvier 2015, 40 000 demandeurs d’emploi se sont vus exclus des caisses des allocations de chômage. Une mesure impulsée par le gouvernement «  Di Rupo  » qui souligne d’un trait supplémentaire le passage d’un État social à un État sans assistance. Une décision aberrante et scandaleuse alors qu’une ville comme Bruxelles, capitale européenne,  propose un emploi au prorata de 48 demandes…

Niant les réalités d’un chômage structurel (une moyenne de 600 000 individus pour la Belgique, 3,5 millions de personnes en France), éludant les faillites en cascade (63 143 dépôts de bilan annoncés par la Banque de France ;  environ 11 648 faillites en Belgique entre novembre 2013 et novembre 2014), nos politiques poursuivent leurs programmations ultra-libérales et antisociales avec une rare impudence…

Dans la lutte contre le chômage, on a tout essayé » – François Mitterrand, 1993

«  Plan d’aide à l’emploi, plan Rosetta, Contrat Jeune, plan Activa, plan personnalisé  », dans cette longue et âpre lutte pour le plein-emploi, un nombre incalculable de mesures ont été envisagées mais aucune ne semblent avoir donné des résultats optimums… La raison est pourtant toute simple  : le travail disparaît !
Le pouvoir politique s’obstine à ne pas vouloir prendre en considération cette réalité et mise éternellement sur le concept (érigé en dogme) du retour à la  croissance pour relancer l’emploi. Ce qui autorise le ministre français de l’économie, Emmanuel Macron, à voir l’ébauche d’une solution dans la systématisation de l’ouverture des centres commerciaux le dimanche.

Mais la croissance ne crée pas d’emploi… 

Si l’on prend en considération le pouvoir d’achat en berne des citoyens, il est permis de douter que l’élargissement horaire des commerces de masse soit porteur de résultats…
En quoi une plus grande accessibilité de ces centres commerciaux apportera croissance et emploi si le volume d’achat des «  consommateurs  » ne peut pas augmenter  ? Ceci ne sera-t-il pas nuisible au commerce de proximité et, à terme, destructeur d’emploi  ?
Outre ce fait, depuis 40 ans,  la croissance est largement obtenue par des gains de productivité, incontestablement dus au progrès des sciences et des techniques, elle n’a donc substantiellement pas apporté de l’emploi. A titre d’exemple, dans les années 80, la Belgique produisait 10 millions de tonnes d’acier avec 40.000 ouvriers ; dans les années 90, elle en produisait 12 millions avec 22.000 ouvriers…
La fabrication des voitures «  Audi A8  »  dans les usines de Neckarsulm en Allemagne, est assurée à 80% par des machines automatisées.
Dans le domaine de l’agriculture, l’évolution des techniques permet d’obtenir un rendement fulgurant  : les fermes industrielles permettent de traire 1.000 vaches en un temps record avec un personnel humain dérisoirement bas.
Il y a donc tout lieu de penser que croissance et emploi ne sont en rien concomitants.

Les effets retors de la mondialisation

Aujourd’hui, l’adjonction des effets brutaux du libéralisme, de la mondialisation et l’absence de volonté politique de préservation du tissu industriel au niveau européen rendent la situation encore plus critique. La production de l’acier n’occupe plus que quelques milliers de personnes en Belgique. Le secteur ayant connu entre 2001 et 2011, une perte sèche de 6 000 emplois…
Le secteur automobile connaît le même sort  : «  la France a produit moins de 1,4 millions de voitures particulières en 2012 contre 2,2 millions en 2007, soit une baisse de 36,4%. En 2010, la filière automobile employait environ 500  000 personnes en France soit un quart de moins que dix ans auparavant. Sur la période 2010-2020, les constructeurs devraient encore perdre plus de 40 000 emplois. Sur cette même période, les sous-traitants de rang 1 devraient perdre environ 24 000 emplois  » ( données du site re.source.fr).

Idem, pour les industries des matériaux souples, des textiles et des technologies, qui ont vu au cours de ces vingt dernières années leurs effectifs diminuer sous les coups de l’internationalisation et de la concurrence des pays à bas salaires…

Bureaucratisation des métiers  

La disparition progressive des métiers à orientation industrielles s’est accompagnée d’une croissance vertigineuse de la tertiarisation. En France , plus de 70% des métiers sont de types tertiaires. Une bureaucratisation qui a amené David Graeber, anthropologue à la «  London School of Economics  » et une des figures du mouvement «  Occupy Wall Street  », à la réflexion suivante  : «Dites ce que vous voulez à propos des infirmières, éboueurs ou mécaniciens, mais si ils venaient à disparaître dans un nuage de fumée, les conséquences seraient immédiates et catastrophiques.  Un monde sans profs ou dockers serait bien vite en difficulté, et même un monde sans auteur de science-fiction ou musicien serait clairement un monde moins intéressant. En revanche, il n’est pas sûr que le monde souffrirait de la disparition des directeurs généraux d’entreprises, lobbyistes, assistants en relation presse, télémarketeurs, huissiers de justice ou consultants légaux. Beaucoup soupçonnent même que la vie s’améliorerait grandement  ». 

Pour une répartition «  Malthusienne  » du travail

Qu’il s’agisse de John Maynard Keynes, de Friedrich Engels, de Paul Lafargue, d’André Gorz,  tous ont misé sur des avancées techniques et technologiques qui réduiraient considérablement le temps de travail. David Graeber nous rappelle qu’ un nombre toujours plus important d’individus travaillent entre 40 et 50 heures par semaine à des tâches absconses qu’ils accomplissent souvent en 15 heures et «  passent  le reste de leur temps à organiser ou aller à des séminaires de motivation, mettre à jour leur profil Facebook ou télécharger des séries télévisées ».
Dans les faits, rien ne s’oppose à une réduction notable du temps de travail et à une juste répartition des emplois socialement utiles (enseignement, service public, santé, aide sociale, permaculture, construction bioclimatique,…) sur un plus grand nombre d’individus.
Un autre paradigme est à bâtir, celui d’une production et d’une consommation en bonne intelligence, dans une logique basée sur la coopération, le bien-être et la complémentarité.

La société capitaliste a créé un système d’économie rivale dans un marché exclusivement basé sur une concurrence invariablement destructrice de l’emploi et de l’environnement.

Tant que le développement des sciences et des techniques ainsi que l’accroissement de la productivité profiteront à la minorité d’une élite illégitime au dépend de citoyens maintenus dans la déresponsabilisation, notre société poursuivra son déclin

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